Florence Albert Peña (documentaliste Formiris)

Les enseignants défendent leur temps de travail
01/01/2007

Les enseignants du secondaire se sont majoritairement prononcés contre le projet de décret modifiant le régime des décharges statutaires. Ils refusent la logique budgétaire du ministère de l'Education nationale. Pour Gilles de Robien, cette réforme participe à  la modernisation du système éducatif.

Les nouvelles obligations de service

En janvier 2006, le ministère des Finances a rendu public un rapport sur les décharges statutaires des enseignants du second degré. Ce document jugeait le dispositif obsolète et coûteux : le nombre d'heures de décharge s'élève en effet à  plus de 28 000 équivalents temps plein.
A la suite de ce rapport, Gilles de Robien a présenté un projet de décret qui modifie en profondeur le système des décharges et prend en compte l'évolution du métier d'enseignant. De fait, ce texte restreint l'attribution des heures de première chaire, en les recentrant sur la préparation du baccalauréat. Il définit aussi de nouvelles actions d'éducation et de formation pouvant être intégrées dans le temps de service des enseignants : soutien d'élèves en difficulté, usage pédagogique des TIC, projets de coopération internationale, accompagnement d'autres enseignants, etc. Ces actions seraient pilotées par les autorités académiques et l'organisation du service des enseignants sous la responsabilité du chef d'établissement.
Dernier point, le projet de décret instaure la bivalence d'enseignement qui donnerait lieu au versement d'une prime.
Pour le ministre, cette réforme améliore l'équité entre les enseignants. De plus, elle supprime 2 800 postes sur le budget 2007dont les économies permettront le renforcement des moyens auprès des élèves en difficulté, la création de 450 postes de professeurs pour les élèves handicapés et le déploiement de 1,8 million d'heures pour les remplacements de courte durée.

Une forte opposition des enseignants

Les syndicats dénoncent à  la fois ces objectifs purement budgétaires, et l'absence de concertation. Ils regrettent que cette réforme ne s'inscrive pas dans une politique d'éducation.
Le SNES-FSU rappelle que le temps de travail des enseignants s'élève aujourd'hui à  plus de 43 heures par semaine. Pour nombre d'enseignants, ces mesures ne feront que détériorer un peu plus les conditions de travail et porter atteinte à  la qualité de l'enseignement.
Une intersyndicale, représentant 99 % des enseignants du second degré, a organisé une manifestation le 18 décembre. Avec un taux de participation de 35 % dans les collèges et de 39 % dans les lycées d'enseignement général et technologique, les organisateurs ne cachent pas leur satisfaction. L'enseignement privé s'est largement associé à  cette journée de contestation : la FEP-CFDT, le SNPEFP-CGT et le SPELC ont appelé à  la grève. Seul, le SYNEP-CFE-CGC a refusé de participer à  cette grève "afin de ne pas pénaliser les élèves". Il demande toutefois que certaines décharges supprimées par le ministère soient prises en charge financièrement par les responsables de l'Enseignement catholique.

Les syndicats ne désarment pas

Le 18 décembre, un comité technique paritaire ministériel (CTPM) s'est réuni pour examiner le projet de décret. Plusieurs syndicats ont quitté la séance sans avoir voté. Le texte doit être renvoyé devant le Conseil d'Etat tandis que sa publication au Bulletin officiel est annoncée pour janvier 2007.
Le ministre de l'Education nationale souhaite rencontrer de nouveau rapidement les syndicats. De leur côté, ces derniers veulent prolonger leur action : une manifestation pourrait avoir lieu en janvier 2007. Les enseignants du primaire, non concernés par cette réforme, pourraient s'associer au mouvement.


Sources
LA CROIX
Les "profs" évaluent leur temps de travail à  43 heures hebdomadaires, Anne Bideault, 28 novembre 2006, p. 9.
Les syndicats enseignants veulent remobiliser, Bernard Gorce, 19 décembre 2006, p. 6.

DEPECHES DE L'AEF
Dernières modifications du projet de décret avant le CTPM du 11 décembre 2006, Grégory Danel, 4 décembre 2006, n° 72073.
Enseignement privé : pas de grève lundi 18 décembre pour le SYNEP-CFE-CGC, Marie-Caroline Missir, 15 décembre 2006, n° 72707.
Grève du 18 décembre dans le second degré : le SPLEC s'associe au mouvement, Florence Pagneux, 13 décembre 2006, n° 72544.
Le SNES évalue à  25 heures le temps de présence hebdomadaire des enseignants dans les établissements scolaires, Florence Pagneux, 27 novembre 2006, n° 71723.

LES ECHOS
Les syndicats mobilisent fortement sur le temps de travail des enseignants, 19 décembre 2006, p. 2.

LIBERATION
Les professeurs sonnent la charge contre leur ministre, Véronique Soulé, 18 décembre 2006, p. 13.


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