Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)

La réforme de la formation des enseignants sur le point d'aboutir
01/01/2007

Malgré le rejet par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) et le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) le projet d'arrêté portant cahier des charges de la formation des enseignants, sera signé, puis publié fin décembre ou début janvier. Sa mise en place est attendue pour la rentrée 2007. Le Haut conseil de l'éducation (HCE) a émis un avis favorable pour ce projet inspiré en grande partie de ses préconisations.

La formation actuelle critiquée par les futurs enseignants

Rejeté par 23 voix contre, 17 pour, 15 abstentions et 3 refus de vote au CSE et 21 contre, 12 pour, 3 abstentions et 3 refus de vote au CNESER, le projet d'arrêté pour la formation des enseignants devrait pourtant être bientôt officiel. Les avis du CSE et du CNESER sont en effet seulement consultatifs.
Bien que ce projet soit mal accepté par la plupart des syndicats, on peut mettre en parallèle une enquête réalisée par la Mutuelle générale de l'Education nationale (MGEN) et 3 fédérations de personnels (FSU, UNSA, CFDT). Celle-ci souligne la détresse des enseignants en début de carrière. 1/5 trouve le métier décourageant. Beaucoup d'entre eux souhaitent un soutien (73,5 %) et une aide psychologique (48,9 %). Les raisons de ce découragement sont l'indiscipline (38,3 %), la faiblesse du niveau scolaire des élèves (30,7 %), ainsi que la faible reconnaissance sociale (28 %). 10 à  15 % des professeurs stagiaires quittent le métier chaque année. Ils critiquent également une formation éloignée des réalités du terrain et focalisée sur la matière. Certains modules particulièrement importants, tels que la psychologie de l'adolescent, l'accueil de publics handicapés ou la scolarisation des élèves issus de l'immigration, ne sont qu'optionnels en raison de la lourdeur des cursus.

Les nouvelles dispositions du cahier des charges

- Un allongement de la durée de la formation

Dès la licence, les étudiants bénéficieront d'une "pré professionnalisation" grâce à  des stages d'observation. Après l'obtention du concours, ils seront affectés dans leur académie de formation où ils seront tutorés au moins 2 ans par la même équipe de formateurs. Le ministre veut ainsi mettre fin au "bizutage institutionnel" qui conduisait à  ce que de jeunes enseignants se retrouvent en poste dans les quartiers difficiles. Pour cela, il faudra faire évoluer les capacités d'accueil des IUFM afin que leurs recrutements se rapprochent des besoins de l'académie.

- Une formation en alternance

Les stages en responsabilité passent de 6 à  8 heures par semaine et un stage en entreprise devient obligatoire. Par ailleurs, les formateurs seront progressivement recrutés sur des postes à  mi-temps en IUFM et à  mi-temps dans un établissement scolaire. Ils devront avoir enseigné plusieurs années auparavant.

- Une formation de qualité

La titularisation s'appuiera sur "10 grandes compétences". Quant au diplôme, il s'inscrira dans le parcours du LMD et sera crédité de 60 ECTS soit l'équivalence d'un master 1.
Une nouvelle commission nationale d'évaluation de la formation expertisera les plans de formation élaborés par les universités et leur conformité avec le cahier des charges national.

Intégration des IUFM aux universités

La conférence des directeurs d'IUFM, réunie en séance plénière les 7 et 8 décembre, conteste plusieurs points. Elle regrette qu'un volant de formateurs permanents ne soit pas préservé, à  l'instar de ce qui se fait dans d'autres écoles de même niveau. Elle s'inquiète de la préservation incertaine du mémoire professionnel et estime également qu'un allongement du stage en responsabilité ne suffit pas au principe de l'alternance. Enfin, la CDIUFM craint pour le pilotage des futures écoles universitaires du fait de la suppression des postes de directeurs adjoints.
L'intégration aux universités des 6 premiers établissements pilotes est en cours : Aix-Marseille, Versailles, Limoges, Grenoble, Créteil, Reims. La situation est bloquée pour La Réunion, qui devait également faire partie de cette expérimentation. Il restera à  régler encore la situation des personnels administratifs et la représentation des IUFM dans les instances universitaires.


Sources
LA CROIX
Les enseignants devront acquérir "dix grandes compétences", 28 novembre 2006, p. 9.

DEPECHES DE L'AEF
Cahier des charges des IUFM : le CNESER rejette le projet d'arrêté, 19 décembre 2006, n° 72878.
Cahier des charges des IUFM : Gilles de Robien présente son projet pour une formation des enseignants "pratique, progressive et mieux évaluée", Grégory Danel, 27 novembre 2006, n° 71746.
Cahier des charges des IUFM : vive inquiétude de la CDIUFM pour la gouvernance des futures écoles universitaires, Florence Pagneux, 8 décembre 2006, n° 72352.
Réforme de la formation des enseignants : le projet d'arrêté rejeté par le CSE, Grégory Danel, 14 décembre 2006, n° 72610.
Réforme de la formation des enseignants : vers un recrutement national avec affectations académiques, Grégory Danel, 28 novembre 2006, n° 71803.

L'EXPRESS
Profs. Qu'apprennent-ils à  l'école ? Laurence Debril, n° 2892, semaine du 7 décembre 2006, pp. 56-57.

LE FIGARO
Robien lance la réforme des IUFM, Marie-Estelle Pech, 15 décembre 2006, p. 13.

LE MONDE - LA LETTRE DE L'EDUCATION
Gilles de Robien présente son projet de cahier des charges des IUFM, n° 541, 4 décembre 2006, pp. 1-2.
Intégration à  l'université : le ministre se déclare "optimiste", n° 542, 11 décembre 2006, p. 3.

Pour approfondir

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