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Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)
Violence scolaire : des chiffres stables, mais contrastés
01/02/2007
Les chiffres concernant la violence scolaire restent proches de ceux de 2005-2006. Toutefois, ils cachent de fortes disparités. Bonne nouvelle, cependant : les faits à caractère raciste et antisémite sont en diminution.
1/ Atteinte aux personnes et nouvelles formes de violence
2/ Décrue de la violence raciste et antisémite 3/ Le point de vue des experts 4/ Sivis remplace Signa Atteinte aux personnes et nouvelles formes de violence Selon l'étude annuelle de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), 82 000 établissements scolaires ont déclaré des actes de violence en 2005-2006. Cela représente 14 faits par établissement. Cependant, la violence continue de s'accentuer dans les établissements difficiles (+ 7 %) alors qu'elle baisse dans les établissements plus "classiques" (- 2 %). En outre, 10 % des établissements déclarent 48 % des incidents. Ce sont les violences physiques sans armes et les insultes qui sont les plus fréquentes (55 % des signalements). Les cibles en sont surtout les surveillants, les conseillers principaux d'éducation et les enseignants. C'est envers ces derniers que l'augmentation est la plus forte (+ 7 %). Les atteintes aux biens et à la sécurité enregistrent également un fort accroissement. Le nombre d'incendies s'est élevé de 80 % et les jets de projectiles de 20 %. Ceci est lié aux événements dans les banlieues en novembre 2005 et aux manifestations contre le CPE en mars-avril 2006. Autre caractéristique : de nouvelles formes de violence apparaissent comme les blogs insultants et le "happy slapping" (enregistrement d'agression sur le téléphone portable). Décrue de la violence raciste et antisémite La bonne surprise concerne les actes à caractère raciste qui ont baissé de 20 % et de 40 % pour les actes antisémites. Les raisons avancées sont la lutte contre la banalisation du vocabulaire et le développement de programmes éducatifs notamment pour expliquer la Shoah. Pourtant un constat reste inquiétant : les familles juives fuient les établissements des quartiers populaires. Interrogé par le quotidien "La Croix", Fahrad Khosrokhavar, sociologue à l'Ecole des Hautes études en sciences sociales, estime que ces chiffres illustrent le reflux des sentiments xénophobes depuis plusieurs décennies. Cette tendance ne se dément pas selon lui, même si des événements ponctuels déclenchés par une minorité brouillent parfois ce constat. Parallèlement, il n'y aurait pas de "racisme anti-blancs" dans les quartiers : aucune véritable idéologie n'est développée. On assiste plutôt à des réactions de jeunes qui se sentent victimes de l'exclusion sociale. Dans l'Enseignement catholique, ces problèmes sont également pris au sérieux. Le directeur de Fénelon en Seine-Saint-Denis explique ainsi son choix éducatif : "Notre projet est d'apprendre aux enfants à vivre ensemble, à se respecter. Pour un établissement catholique, cela signifie qu'on ne demande pas aux élèves de laisser leur identité à la porte. On fait le pari de partir des différences pour mieux connaître l'autre." Le point de vue des experts Pour de nombreux experts, il n'y a pas une explosion de la violence. C'est la surmédiatisation de certains événements qui en donne l'impression. Les faits graves sont rares et ne se développent pas. Le nombre de bagarres entre élèves non plus. Ce sont les incivilités, insultes, vols et rackets qui se sont généralisés. Marie Raynal, directrice de la revue "Diversité" du CNDP pointe l'attente déçue des milieux modestes pour qui l'Ecole est un enjeu. De ce fait, ils pratiquent l'évitement scolaire contribuant ainsi à créer les ghettos. Le traitement de cette violence ne peut être ponctuel selon elle, car elle a de multiples causes : difficultés sociales, échec scolaire, etc. Sur ce sujet, on lira également "L'inégalité scolaire s'est aggravée dans les banlieues en 2005". Le psychiatre Xavier Pommereau qui dirige un centre pour adolescents au CHU de Bordeaux, voit l'Ecole comme une chambre d'échos. Il s'élève contre la mise en accusation des enseignants et des parents et fustige la disparition de l'implication citoyenne : "Avant, quand un passant voyait un ado faire une bêtise dans la rue, il lui disait. Aujourd'hui on appelle police-secours." Il appelle à une réflexion collective. Voir d'autres prises de positions sur ce sujet : "Violence scolaire : des positions divergentes" Sivis remplace Signa Dès le début du 2ème trimestre 2007, Signa devrait être remplacé par le Système d'information et de vigilance sur la sécurité scolaire (Sivis). Ce logiciel présente deux changements : - un allègement de la nomenclature, avec 2 types d'incidents (26 rubriques sur Signa) : les actes répréhensibles sur le plan pénal et ceux ayant entraîné des soins physiques ou psychologiques, - la possibilité pour les chefs d'établissement d'avoir un historique de leurs déclarations et la possibilité d'évaluer les résultats des actions menées. Les incivilités mineures feront l'objet d'un rapport trimestriel rédigé par les chefs d'établissement. Les principaux syndicats seraient disposés à utiliser ce dispositif sous la condition que l'anonymat soir préservé. En effet, la publication par le magazine "Le Point" d'un palmarès des établissements violents en août 2006 avait entraîné un boycott de Signa par les responsables des établissements scolaires. Sources
LA CROIX
Les violences racistes à l'école ont baissé de 20 %, Bernard Gorce, 11 janvier 2007, pp. 2-3. DEPECHES DE L'AEF Suppression de Signa et création de Sivis, nouveau logiciel destiné au recensement de la violence scolaire, Grégory Danel, 8 janvier 2006, n° 73402. Violence scolaire : la DEPP analyse les données 2005-2006 de Signa, Florence Pagneux, 28 décembre 2006, n° 73199. LIBERATION Une violence scolaire devenue ordinaire, Sandrine Cabut, Véronique Soulé, 23-24 décembre 2006, pp. 2-3. Violences scolaires : des profs davantage exposés, Véronique Soulé, 2 janvier 2007, p. 13. LE MONDE La violence à l'école a progressé de 7 % dans les ZEP en 2005-2006, Catherine Rollot, 3 janvier 2007, p. 10. LE MONDE - LA LETTRE DE L'EDUCATION Sivis, nouveau logiciel de recensement des actes de violence à l'école, n° 545, p. 1. Pour approfondir
Les actes de violence recensés dans SIGNA en 2005-2006, Note d'information, décembre 2006.
Trois documents pour lutter contre la violence, SitEcoles, 5 septembre 2006. Ce document est issu d'@toutDoc
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