Florence Albert Peña (documentaliste Formiris)

La condition enseignante au coeur de la campagne électorale
01/05/2007

Le 20 mars dernier, les enseignants manifestaient contre le décret modifiant leur temps de service. Ils voulaient ainsi interpeller les candidats à  la présidentielle sur le malaise de leur profession.

Des revendications qui cachent une profonde inquiétude

Souvent considérés comme privilégiés, les enseignants veulent casser cette image d'Epinal. Ils regrettent la remise en cause incessante de leurs compétences professionnelles et la dégradation de leurs conditions de travail. Ils rappellent qu'aucune réforme du système éducatif ne se fera sans eux. Leur mal-être n'a fait que croître avec la critique de leurs méthodes pédagogiques (notamment à  propos de la réforme sur l'apprentissage de la lecture), la modification de leur temps de service (entraînant la suppression de certaines heures supplémentaires), de l'annonce d'une baisse des effectifs (en raison de réductions budgétaires). En outre, ils jugent leurs rémunérations trop faibles et leurs missions trop lourdes.
Leurs revendications semblent avoir été entendues par les principaux candidats à  la présidentielle. En effet, à  défaut d'une réforme en profondeur du système éducatif, chaque candidat multiplie les propositions à  leur égard pour améliorer leurs conditions de travail.

Redéfinir la fonction enseignante, pour l'UMP

A la demande de Nicolas Sarkozy, Xavier Darcos, ancien ministre délégué à  l'enseignement scolaire, a mené une "mission sur la rémunération des enseignants". Elle a donné lieu à  la rédaction d'un rapport intitulé "Propositions sur la situation morale et matérielle des professeurs en France". Le candidat UMP s'est appuyé sur cette analyse pour étayer son programme. Xavier Darcos se dit "frappé du climat de lassitude, de démobilisation et d'aigreur" chez les enseignants. Il juge "brutale" la publication du décret sur le temps de service et conseille sa suspension, afin d'engager une "négociation globale sur la fonction enseignante". Le rapport préconise plusieurs mesures, à  savoir : l'introduction d'une prime de 1ère affectation, des modulations de service en fin de carrière ou la définition d'une typologie des métiers de l'enseignement.

Elaborer un plan pluriannuel de recrutement, pour le Parti Socialiste

De son côté, Ségolène Royal se dit opposée à  la bivalence, s'engage à  rétablir les postes supprimés par l'actuelle majorité et à  instaurer un "plan pluriannuel de recrutement et de création d'emploi". Elle s'engage également à  abroger le décret relatif au temps de service.
Dans une lettre adressée aux enseignants, la candidate socialiste annonce l'organisation "d'états généraux de la réussite scolaire dès le mois de mai 2007".
En réponse au malaise enseignant, elle propose que "la reconnaissance de la Nation (...) ne soit pas que symbolique", mais se traduise en pouvoir d'achat, évolution de carrière et formation.


Sources
DEPECHES DE L'AEF
La Lettre de Ségolène Royal aux enseignants, Florence Pagneux, 21 mars 2007, n° 76764.
Nicolas Sarkozy se prononce pour "la suspension" du décret sur le temps de service des enseignants et pour "l'abrogation" de l'apprentissage junior, Leïla Minano, 26 mars 2007, n° 77007.

LE FIGARO
Les enseignants en proie à  un profond malaise, Marie-Estelle Pech, Aude Sérès, 20 mars 2007, p. 11.

LIBERATION
Darcos, avocat des enseignants, 16 mars 2007, p. 16.

LE NOUVEL OBSERVATEUR
Qu'est-ce qu'un bon prof ?, n° 2213, semaine du 5 avril 2007, pp. 10-26.

LE MONDE - LA LETTRE DE L'EDUCATION
Des présidentiables sans vision globale pour l'école, supplément au n° 554, 2 avril 2007, pp. 1-4.
L'entourage de Nicolas Sarkozy veut la suppression du "décret de Robien", n° 552, 19 mars 2007, p. 1.

LES ECHOS
Enseignants : la réforme Robien cible des candidats à  la présidentielle, Laurence Albert, 21 mars 2007, p. 5.

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