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Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)
Quelle formation pour les enseignants ?
01/07/2008
Formation universitaire à bac+5 (master 2), concours simultané et remplacement de la 2ème année actuelle de formation par un "compagnonnage" à la rentrée 2010, telles sont les grandes lignes annoncées de la réforme de la formation des maîtres.
Le président de la République met en avant la revalorisation du métier pour les enseignants qui, recrutés à bac+5, seront mieux rémunérés. En outre, l'année de formation ne sera pas perdue pour ceux qui échoueront au concours puisqu'elle permettra d'acquérir un master 2 alors que dans l'ancien système, l'année de préparation du concours n'était pas sanctionnée par un diplôme. Les concours de recrutement
Les candidats pourront se présenter aux concours (capes, agrégation, concours de professeur des écoles) pendant leur année de master. La titularisation interviendrait ensuite au bout de la 1ère année d'enseignement. Le concours pourrait être organisé en 2 parties : un examen théorique en janvier et, après une formation pratique, un oral en juin qui servirait également à l'obtention du master 2. Selon Jean-Pierre Finance, président de la CPU, 3 types d'épreuves seraient instaurés : disciplinaire, professionnelle et de connaissance du système éducatif français. Ces changements nécessitent une redéfinition du contenu des concours qui devrait bientôt être rendue publique. Selon Nathalie Mons*, deux voies sont possibles : - le modèle classique, avec un allongement de la formation académique et la réduction de la formation professionnelle, ce qui, selon elle, représenterait un recul en termes de professionnalisation, - le modèle simultané, combinant formation disciplinaire et formation professionnelle. Dans ce schéma, il faudra définir qui assure les modules pédagogiques et comment les étudiants bénéficieront d'une expérience professionnelle au sein d'un établissement d'enseignement. Ce second modèle est celui que l'on trouve dans la majorité des pays, mais les véritables enjeux sont le contenu des concours et une culture de la formation continue. C'est sur cette seconde hypothèse que travaillerait le cabinet de Valérie Pécresse. Quant au concours de professeurs des écoles, il ne devrait pas trop évoluer selon Patrick Baranger, président de la Conférence des directeurs d'IUFM (CDIUFM). En effet, comment concevoir l'absence d'une année de formation initiale pour un étudiant qui aurait un master disciplinaire. "Que fera-t-il face à une classe ?" se demande t-il. Le seul vrai changement est la nature de la formation Dans les faits, beaucoup d'enseignants ont déjà un niveau de formation à bac+5 voire plus si on ajoute l'année supplémentaire à l'IUFM. Ainsi, selon Philippe Meirieu**, "ce n'est pas la durée, mais la nature de cette formation qui change". Pour Jean-Louis Auduc***, c'est une déprofessionnalisation du cursus qui se profile. Les jeunes professeurs ne seront pas préparés à ce qui les attend sur le terrain. En effet, la 2ème année en qualité de fonctionnaire stagiaire disparait. Cette année de "professionnalisation" permettait à l'enseignant d'effectuer des stages d'observation avec un collègue confirmé et des stages "en responsabilité" seul dans une classe. André Giordan****, quant à lui, met en garde contre l'absence de culture du compagnonnage en France où le métier est resté individualiste. Il regrette l'abandon de certains modules mis en place dans les IUFM tels que "placer sa voix", "mettre en place des parcours diversifiés, etc. Il attire l'attention sur les risques à moyen terme que de jeunes professeurs mal formés quittent l'enseignement. Il constate que l'université française n'a pas suffisamment développé veille et recherche éducative. Il n'y a eu ni bilan de l'existant, ni recherche sur ce qui se fait ailleurs. De même, les innovations et les expérimentations ont été rares et n'ont pas été évaluées. Quel sera l'avenir des IUFM ? D'aucuns affirment que les IUFM "vont disparaitre", mais Xavier Darcos se veut plus rassurant. La CDIUFM se dit "prêt(e) à relever le défi de l'élévation qualitative de la formation des enseignants", mais estime que le compagnonnage ne "se substitue pas à une formation initiale de qualité". Elle préconise un "cursus cohérent de master en deux années de formation universitaire articulant étroitement formation académique et formation professionnelle". Le contenu du concours au centre de la réforme Les cabinets du ministère de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur travailleront ensemble sur la redéfinition du concours en associant la CDIUFM, la Conférence des présidents d'université (CPU) et le comité de suivi du master. La réflexion ne serait pas très avancée à ce jour, selon Patrick Baranger, président de la CDIUFM. Ce dernier estime qu'une "formation en alternance" telle qu'elle est souhaitée par les IUFM nécessite de construire de nouveaux masters permettant de juxtaposer les différents moments de formation. La CDIUFM veut aussi profiter de cette réforme pour mettre fin aux critiques actuelles formulées envers les IUFM : un trop grand écart entre le contenu du concours et les conditions réelles d'exercice du métier. Elle propose que les épreuves académiques évaluent les connaissances et que les épreuves professionnelles pratiques vérifient l'aptitude des candidats à enseigner. Selon Jean-Pierre Finance, président de la CPU, un cahier des charges sera élaboré par le ministère de l'Education nationale et transmis aux universités avant septembre pour pouvoir être articulé avec les formations universitaires. Les positions de l'Enseignement catholique Lors d'une conférence de presse organisée le 12 juin, Eric de Labarre, a précisé les positions de l'Enseignement catholique sur cette question. Favorable à la mastérisation et à l'élévation du niveau de formation, il estime néanmoins que le concours ne doit pas être centré sur la discipline. Le secrétaire général a attiré l'attention sur 3 points de vigilance : la capacité des universités à assurer une formation adaptée, l'accompagnement des enseignants à leur prise de fonction, la place de l'Enseignement catholique dans la formation de ses enseignants pour pouvoir transmettre son projet éducatif spécifique. Recherche d'économies avant tout pour les syndicats Si les syndicats se félicitent de la hausse de la rémunération, ils regrettent le peu de place laissé à la formation professionnelle et l'éventuelle disparition des IUFM. Ils font remarquer la perte de la rémunération de la 1ère année en tant que stagiaire, et craignent que le métier ne soit plus accessible à un certain nombre d'étudiants. Cela accentuera le décalage sociologique et culturel entre élèves et enseignants. Le véritable objectif du gouvernement, selon eux, serait la recherche d'économies, 24 000 postes selon le SE-UNSA dont 11 000 dans le primaire. La revalorisation du métier d'enseignant en panne ? Xavier Darcos réfute l'affirmation que le rapport Pochard est enterré. Pour lui, néanmoins, il ne s'agit que du travail d'une commission et non d'un programme de gouvernement. Il s'en servira pour établir avant le 10 juillet une "feuille de route" qu'il proposera aux syndicats. La réforme de la formation des enseignants et l'amélioration de l'entrée dans le métier sont, pour lui, une 1ère étape. Suivront : l'affectation, le déroulement de carrière, le temps de travail et la rémunération. *Nathalie Mons : maître de conférences à l'université de Grenoble II. **Philippe Meirieu : professeur des universités en science de l'éducation. ***Jean-Louis Auduc : directeur adjoint de l'IUFM de Créteil. ****André Giordan : professeur, dirige le Laboratoire de didactique et d'épistémologie des sciences de Genève. Sources
LA CROIX
Nicolas Sarkozy s'attaque à la formation des professeurs, Denis Peiron, 4 juin 2008, p. 9. DEPECHES DE L'AEF Formation des enseignants : la CDIUFM plaide pour le maintien de l'alternance, Tifenn Durand, 17 juin 2008, n° 97945. Masterisation : les deux ministères lancent une concertation avec la CPU, la CDIUFM et le comité de suivi du master, Cécile Peltier, 12 juin 2008, n° 97631. Masterisation : une mesure de "marketing politique", selon Nathalie Mons, Anne Mascret, 5 juin 2008, n° 97280. Recrutement des enseignants : vers trois types d'épreuves aux concours, Tifenn Durand, 20 juin 2008, n° 98183. Revalorisation de la condition enseignante : "Je veux une feuille de route avant le 10 juillet" (Xavier Darcos), Sylvain Marcelli, 30 mai 2008, n° 96985. LES ECHOS Darcos envoie un signal aux syndicats d'enseignants, Laurence Albert, 20 mai 2008, p. 4. LIBERATION Profs : le tour de passe-passe de l'Etat, Véronique Soulé, 2 juin 2008, p. 16. LE MONDE Apprendre à enseigner sur le tas ou à l'école : le débat est relancé, Luc Cédelle, 10 juin 2008, p. 10. Le gouvernement envisage le recrutement des professeurs à bac+5, Luc Cédelle, 29 mai 2008, p. 20. LE MONDE - LA LETTRE DE L'EDUCATION Masterisation : les 2 ministères vont travailler de concert, n° 600, 23 juin 2008, p. 3. "Les universités ne sont pas prêtes à former les enseignants", André Giordan, n° 598, 9 juin 2008, pp. 1-2. Pour approfondir
L'enseignement catholique apporte sa pleine contribution aux évolutions du système éducatif, Conférence de presse d'Eric de Labarre, 12 juin 2008.
Pour une formation universitaire et professionnelle des enseignants, Communiqué de presse de la CDIUFM, 2 juin 2008. Formation des enseignants : pour des masters prenant en compte la dimension professionnelle, Communiqué de presse de la CDIUFM, 17 juin 2008. Réforme de la formation des enseignants, communiqué de la Commission permanente de la CPU, 5 juin 2008. Avis de la CPU sur l'accès des étudiants d'IUFM aux diplômes de masters, 20 mars 2008. Ce document est issu d'@toutDoc
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