Danielle Lacroix (rédactrice Formiris)

Evolutions du système éducatif : premier bilan de l'Enseignement catholique
01/07/2008

Réforme de l'école ou du lycée, plan "Espoir banlieue", formation des enseignants, sur tous ces dossiers, l'Enseignement catholique se veut force de propositions. C'est le sens des propos tenus à  la presse le 12 juin dernier par Eric de Labarre, mais aussi celui du congrès de l'APEL sur l'orientation des élèves.

S'associer aux réformes en gardant sa spécificité

A l'occasion de sa conférence de presse, Eric de Labarre a naturellement soulevé les difficultés qu'engendrerait une nouvelle diminution de postes dans le privé à  la prochaine rentrée, si elle n'était pas compensée par des heures supplémentaires. Il a rappelé que non seulement les effectifs seront stables, voire en légère augmentation, mais que 30 à  40 000 demandes d'inscriptions resteront insatisfaites.
Le secrétaire général a également passé en revue les diverses réformes engagées par le ministère de l'Education nationale et précisé les positions de l'Enseignement catholique dans le cadre de son association au service public d'éducation.
En primaire, la suppression du samedi matin sera l'occasion pour les établissements catholiques d'exercer leur libre choix sur l'organisation du temps scolaire en fonction de leur contexte. Eric de Labarre a d'ailleurs souligné que 45 % des écoles catholiques fonctionnaient déjà  sur une semaine de 4 jours. Il a également précisé que les deux heures récupérées pour des heures de soutien devraient bénéficier à  tous les élèves. Quant au droit d'accueil des élèves du public lors de grèves des enseignants, il souhaite que celui-ci puisse concerner les écoles privées.
Sur la scolarisation des tout-petits dont l'Etat semble se désengager, l'Enseignement catholique considère que leur accueil constitue une "étape essentielle de la croissance en humanité" de l'enfant. C'est pourquoi il maintiendra son investissement en ce domaine et a constitué une commission de réflexion dont les résultats seront connus en juillet.
Au sujet du lycée, le secrétaire général s'est montré favorable à  l'abandon des filières et à  une création de modules semestriels incitant à  la formation de "vrais spécialistes".
Il a enfin confirmé la collaboration de l'Enseignement catholique au plan "Espoir Banlieue". Celle-ci est essentiellement concrétisée par l'ouverture d'une classe préparatoire aux grandes écoles en banlieue parisienne, la création d'une vingtaine d'UPI et d'une dizaine de classes relais et passerelles. Il souhaite que les 50 postes obtenus soient reconduits dans les deux ans à  venir.
Si, sur tous ces points, il n'y a pas de profond désaccord avec l'Etat, en revanche la réforme du recrutement et de la formation des enseignants préoccupe l'Enseignement catholique. Ce dernier craint en effet que les universités ne soient pas en capacité de "proposer une formation initiale adaptée" au moment où les difficultés de recrutement risquent de peser. Selon lui, la poursuite de la formation des jeunes professeurs entrant en fonction nécessiterait davantage qu'un accompagnement tel qu'il paraît être envisagé. L'Enseignement catholique prône à  cet effet un tutorat réalisé par des professionnels. En outre, il entend assurer une préparation spécifique pour ses propres enseignants.

Repenser l'orientation

De leur côté, les parents d'élèves de l'APEL avaient choisi l'orientation comme thème de leur 15ème congrès à  Lille le 1er juin dernier. Celle-ci est en effet une préoccupation majeure des familles, comme l'avait révélé l'enquête menée par l'association avant son congrès. Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants et beaucoup d'entre eux estiment qu'en matière d'orientation, l'école ne remplit pas sa mission. Pour 40 %, l'orientation est même "subie". Eric de Labarre, lors de son intervention à  ce congrès, a rappelé qu'il avait fait plusieurs propositions au ministère. Parmi celles-ci, il suggère que les collégiens puissent découvrir les métiers dès la 6ème et la 5ème et qu'au lycée, on puisse changer d'orientation en cours de cursus. Selon lui, les conseils de classe sont insuffisants pour traiter seuls du devenir des élèves. D'autres lieux pourraient être créés, sous la responsabilité du chef d'établissement, à  la fois pour l'orientation en fin de 3ème et pour préparer l'après-lycée.
La présidente de l'APEL, Véronique Dintroz-Gass a souligné elle aussi "le droit à  la réversibilité" dans le parcours des élèves, la responsabilité majeure des parents et leur présence indispensable dans les instances d'orientation. Elle a annoncé le projet de rédaction d'un livre blanc sur les pratiques pertinentes et innovantes des acteurs en la matière.
Parallèlement, un rapport du Haut conseil de l'éducation (HCE) sur l'orientation devrait bientôt être rendu public. Celui-ci confirmerait que celle-ci, souvent contrainte, exclut plutôt qu'elle insère, et ce d'autant plus qu'elle semble en deçà  des réalités et des besoins économiques. Les recommandations du HCE sont de quatre ordres :
- le renforcement de l'éducation à  l'orientation,
- la reconnaissance de professeurs volontaires référents en orientation qui se verraient confier le suivi individuel des élèves,
- la redéfinition de la mission des conseillers d'orientation-psychologue,
- l'attribution aux régions des missions d'accueil et d'information à  travers une seule tutelle.


Sources
LA CROIX
Les parents d'élèves du privé veulent donner du sens à  l'orientation, Christine Legrand, 28 mai 2008, p. 15.

DEPECHES DE L'AEF
Confidentiel. L'orientation, une machine à  exclure pour le Haut Conseil de l'Education, Marie-Caroline Missir, 16 juin 2008, n° 97830.
"L'enseignement catholique est dans une impasse" (Eric de Labarre, secrétaire général), Marie-Caroline Missir, 12 juin 2008, n° 97679.
Les parents diplômés dénoncent davantage le poids d'une orientation subie (sondage Apel-CSA-"La Croix"), Cécile Peltier, 27 mai 2008, n° 96725.
Orientation : les propositions de l'enseignement catholique, Sylvain Marcelli, 2 juin 2008, n° 97074.

LE FIGARO
L'enseignement privé confronté à  la baisse des moyens, 13 juin 2008, p. 11.

LIBERATION
L'école catholique prie pour sa rentrée, Véronique Soulé, 16 juin 2008, p.15.

LE MONDE - LA LETTRE DE L'EDUCATION
L'enseignement catholique prévoit une rentrée "incertaine", n° 599, 16 juin 2008, p. 1.

Pour approfondir
L'enseignement catholique apporte sa pleine contribution aux évolutions du système éducatif, conférence de presse d'Eric de Labarre, 12 juin 2008.

Dossier : Donner du sens à  l'orientation, Enseignement catholique actualités, n° 325, juin-juillet 2008, pp.22-21.

Site de l'Enseignement catholique

Site de l'apel

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