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Florence Albert Peña (documentaliste Formiris)
Enseignant : un métier séduisant, mais fatigant
30/09/2005
Avec 300 000 enseignants à recruter dans les 10 ans, la diversification des viviers de recrutement semble inévitable. Mais si les salariés du privé voulant se reconvertir dans les métiers de l'enseignement sont de plus en plus nombreux, on note un profond malaise chez les enseignants en exercice.
Des salariés du privé qui veulent devenir enseignants
Les formations de reconversion proposées par les IUFM de Lyon, Orléans ou Nice sont destinées à ceux qui ont "raté le premier train". Proposées à des salariés du secteur privé, elles offrent une préparation aux concours en cours du soir et le samedi matin. Les profils de ces candidats sont divers : femmes au foyer qui décident de reprendre une activité professionnelle, cadres qui aspirent à une autre façon de travailler ou demandeurs d'emplois. Mais tous ont en commun une forte motivation. Les taux de réussite de ce public sont jugés encourageants, même s'ils sont inférieurs à la moyenne : 55 % pour le premier degré et 30 % pour le secondaire. Ces candidats sont plus nombreux d'une année sur l'autre : en 2005, à l'IUFM de Lyon, ils étaient 1 500 pour 250 places (contre 200 candidats pour 15 places en 2003). Néanmoins, ces formations restent exceptionnelles en raison d'une volonté politique insuffisante à les développer. Pourtant, ces candidats contribuent à compenser la baisse du nombre de jeunes qui se destinent au métier d'enseignant, notamment dans le second degré, et constituent par leur profil atypique une réelle richesse pour l'Education nationale. Le profond malaise des enseignants en exercice Une étude ministérielle propose une photographie des enseignants du 1er degré. Si 88 % des enseignants d'entre eux se disent satisfaits de leur expérience professionnelle après cinq ans d'exercice, ils sont 53 % à juger leur métier de plus en plus difficile (contre 37 % en 2001). Les raisons invoquées touchent à la complexité de leurs missions et à "la difficulté de faire progresser tous les élèves". Enfin, la pression exercée par les parents est jugée de plus en plus lourde à vivre. Ils sont 9 sur 10 à parler de malaise, notamment à cause de "la dégradation de l'image des enseignants dans la société" et de "la non-prise en compte des difficultés concrètes du métier". Ce déni entraîne parfois des problèmes de santé, car, comme l'explique un médecin, "leurs plaintes sociales ne sont pas entendues par la société et les politiques. Leur seule façon d'être écoutés est de passer par des plaintes psychiques." Par ailleurs, les enseignants constituent une population à risque face au syndrome d'épuisement professionnel (ou burn-out). Ils doivent en effet faire face à des facteurs "prédisposants", tels que l'absence de reconnaissance, le manque de contrôle dans l'organisation du travail et, paradoxalement, le fort sentiment d'utilité associé à leur métier. Selon Philippe Meirieu, la solution réside dans une forte ambition politique qui affirmerait des finalités "claires et mobilisatrices" tout en dépassant "la gestion technocratique". Il est ambitieux de définir la vocation enseignante : faut-il démocratiser l'accès au savoir, s'agit-il de faire des disciples ou tout simplement satisfaire au désir de transmettre ? Les hommes et les femmes qui se tournent tardivement vers ce métier possèdent ce que Phillipe Meirieu appelle "l'énergie pédagogique" qu'ont l'air d'avoir perdu une majorité de professeurs en poste depuis longtemps. Sources
SOURCES
LES ECHOS L'Education nationale cherche à recruter davantage de salariés du privé, Laurence Albert, 19-20 août 2005, p. 2. Les enseignants du premier degré expriment leur "malaise", Les Echos, 26 juillet 2005, p. 2. LIBERATION Les enseignants malades de l'école, Sandrine Cabut, 2 septembre 2005, p. 15. LE MONDE - LA LETTRE DE L'EDUCATION Une charte de déontologie mènerait à une autorégulation des enseignants, Eirick Prairat, n° 496, 12 septembre 2005, pp. 1-2. Sans un travail en profondeur pour redonner du sens à ce métier, le pire est à craindre, Philippe Meirieu, n° 494, 29 août 2005, pp. 1-2. La situation ambivalente des enseignants du premier degré, n° 487, 19 septembre 2005, p. 3. Pour approfondir
Rapport sur Enseigner, un métier pour demain, ministère de l'Education nationale, 2002.
Portrait des enseignants du premier degré, Dossiers d'Education et formation, septembre 2005. Ce document est issu d'@toutDoc
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