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Florence Albert Peña (documentaliste Formiris)
L'égalité des chances pour tous ?
31/01/2006
Dominique de Villepin veut faire de 2006 l'année de l'égalité des chances. Une série de mesures a été annoncée. Deux axes prioritaires émergent : l'emploi et l'éducation.
Un accès à l'emploi renforcé
Inscrit dans le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo, un projet de loi a été présenté en conseil des ministres. Il prévoit notamment : - La mise en place d'un "apprentissage junior" : dès 14 ans, les collégiens pourront choisir une formation d'apprenti pour s'initier à différents métiers. Ils alterneront périodes de stages et cours au collège pendant 2 ans. Ils pourront signer un contrat d'apprentissage dès l'âge de 15 ans après accord de l'équipe pédagogique. Ce projet suscite de nombreuses réactions : pour certains, il est symptomatique d'une politique libérale. Il annonce aussi la fin d'une dynamique lancée dans les années 50 qui visait à accroître le niveau de formation du plus grand nombre de jeunes. Pour d'autres, il symbolise le renoncement de l'Ecole à accompagner les élèves en grandes difficultés. - L'augmentation des aides en faveur des entreprises qui embauchent des jeunes issus de zones urbaines sensibles. - La lutte contre les discriminations avec une expérimentation des CV anonymes, un renforcement des sanctions et la mise en place d'une agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances. - La création d'un contrat de responsabilité parentale en cas d'absentéisme scolaire ou de difficultés liées à une carence de l'autorité parentale. Ce contrat sera proposé par le maire, le chef d'établissement ou l'inspecteur d'académie. Par la suite, en cas de non respect, il conduira à la suspension des allocations familiales. Cette procédure sera intégrée à la prochaine réforme sur "la bientraitance de l'enfance". On peut s'étonner d'un tel volet dans un projet axé sur l'emploi. D'ailleurs, la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) dénonce l'instauration d'une "police des familles" et la stigmatisation des plus pauvres. L'Union nationale des associations familiales (UNAF), quant à elle, regrette le flou concernant les mesures d'aides proposées aux parents en difficulté. Relance de l'éducation prioritaire Le deuxième volet en faveur de l'égalité des chances se concentre sur la discrimination positive en éducation. Avec la création du label "Ambition réussite", Gilles de Robien recentre les moyens sur les établissements scolaires en grandes difficultés. Il abandonne ainsi la logique de territoire des zones d'éducation prioritaire. Désormais, les collèges seront sélectionnés après consultation des syndicats et on réfléchira sur la formation initiale des enseignants, le recrutement des professeurs et le contournement de la carte scolaire pour les élèves les plus méritants. Pour le Snes, cette réforme sans budget annonce le dynamitage des Zep. Le linguiste Alain Bentolila, de son côté, estime qu'elle ne s'attaque pas à la ghettoïsation scolaire et que "rien n'est pire que d'accepter que l'homogénéité de certains établissements se fonde sur l'inculture, la précarité et l'insécurité linguistique." Seconde facette de cet axe : l'ouverture des filières prestigieuses aux lycéens de banlieue. Lors de ses voeux à la presse, Jacques Chirac a invité les grandes écoles à réserver 30 % des places aux élèves boursiers. Les bacheliers ayant obtenu une mention très bien pourraient bénéficier d'un "droit d'accès garanti". Restent à définir les procédures d'admission. Enfin, les épreuves de culture générale des concours des grandes écoles et de la fonction publique pourraient être modifiées. Si la Conférence des grandes écoles n'est pas hostile à l'ouverture sociale, elle juge néanmoins prioritaire la promotion des filières sélectives dans les établissements afin d'éviter le phénomène d'autocensure chez certains lycéens. Depuis la crise des banlieues, tous les ministres s'emparent de l'égalité des chances. Pour François Dubet, sociologue, il s'agit d'un leurre, car "l'égalité des chances ne vise pas à produire une société égalitaire, mais une société dans laquelle chacun peut concourir à égalité dans la compétition visant à occuper des positions inégales." Sources
SOURCES
LA CROIX Les collégiens pourront concilier cours et initiation professionnelle, Michel Waintrop, 11 janvier 2006, p. 6. Le gouvernement veut faire de 2006 l'année de l'égalité des chances, 22 décembre 2005, p. 4. Quelques vérités sur les ZEP ! Alain Bentolila, 29 décembre 2005, p. 23. DEPECHES DE L'AEF Contrat de responsabilité parentale : la FCPE dénonce l'instauration d'une "police des familles", Gregory Danel, 17 janvier 2006, n° 60269. Contrat de responsabilité parentale : l'UNAF souligne les carences du projet, Marie-Caroline Missir, 10 janvier 2006, n° 60311. Ouverture sociale des classes préparatoires : il faut avant tout "travailler en amont sur l'autocensure des bacheliers des quartiers défavorisés", selon Christian Margaria, Sylvie Lecherbonnier, 5 janvier 2006, n° 59853. Projet de loi pour l'égalité des chances : le contrat de responsabilité parentale présenté par Philippe Bas, Valérie Grasset-Morel, 10 janvier 2006, n° 60032 LES ECHOS Réforme de l'éducation prioritaire : le calendrier s'accélère, Laurence Albert, 16 janvier 2006, p. 2. LE FIGARO Le ministère rebat les cartes de l'éducation prioritaire, 14 décembre 2005, p. 11. LIBERATION Formation à 14 ans : l'école capitule, Emmanuel Davidenkoff, 30 décembre 2005, p. 29. Redoutable égalité des chances, François Dubet, 12 janvier 2006, p. 32. LE MONDE M. Chirac réclame un tiers d'élèves boursiers dans les "classes prépas", Luc Bronner, 5 janvier 2006, p. 8. Le SNES contre le plan ZEP du gouvernement, 15 décembre 2005, p. 12. Pour approfondir
Dossier de presse : L'Education prioritaire : les nouvelles propositions de Gilles de Robien, 13 décembre 2005.
Devenir apprenti à 14 ans ?, Atoutdoc, décembre 2005. Les devoirs des familles, Atoudoc, décembre 2005. "Ambition réussite" pour l'éducation prioritaire, Atoudoc, décembre 2005. Ce document est issu d'@toutDoc
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