Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)

Professeurs des écoles : formation à  l'IUFM à  revoir
01/07/2006

Les trois quarts des professeurs des écoles en poste estiment leur formation en IUFM "insuffisante", voire "très insuffisante", selon une note de la Direction du développement et de la prospective (DEP). L'enquête réalisée auprès de 1 200 professeurs des écoles en 2005 est très sévère. De l'eau au moulin pour le ministère qui doit reprendre la négociation de la réforme des IUFM avec les syndicats à  l'automne 2006 ?

Une formation trop éloignée des pratiques

L'écart entre les pratiques de terrain et la formation théorique est jugé trop grand. Ainsi, 60 % des enseignants regrettent le manque de "conseils pour gérer les situation difficiles", comme la violence, le handicap ou le voile. Ils sont 55 % à  souhaiter davantage d'échanges et de conseils de la part d'enseignants en fonction. 34 % estiment également que les stages sont trop courts et "mal exploités", tandis que 23 % réclament un enseignement en psychologie de l'enfant. Enfin, 35 % aimeraient pouvoir bénéficier de sessions d'analyse de pratiques.

Des matières considérées comme plus utiles que d'autres

Interrogés sur l'utilité des matières enseignées en IUFM, les professeurs ont opté pour la conduite de la classe (42 %), l'apprentissage de la lecture (38 %), la construction d'une situation d'apprentissage (17 %) et les savoirs disciplinaires (17 %).
Dans un autre questionnaire, la moitié d'entre eux estime que la maîtrise de la langue française est plus importante et un tiers retient la prise en compte de la diversité. Ces scores s'élèvent chez les enseignants de ZEP.
Ce sont les rapports de stage, rédigés par les formateurs, qui obtiennent le plus fort taux de satisfaction (84 %).
Par contre, concernant l'enseignement des langues et l'informatique, les enseignants s'avouent encore démunis.

Le recours à  la formation continue

Seuls 4 enseignants sur 10 sortent de l'IUFM en sachant qu'ils pourront bénéficier de stages de formation continue. En début de carrière, les formations dont ils éprouvent le besoin portent sur la psychologie de l'enfant (34 %), la difficulté scolaire (31 %), la pose de la voix et l'attitude corporelle dans la classe (28 %) et l'évaluation (25 %).
D'autres demandes de formation émergent "sans doute révélatrices de problèmes ou de sensibilisations particulières allant de pair avec l'expérience professionnelle" ; elles concernent l'illettrisme, la remédiation, la prévention de la maltraitance, etc.

La future réforme des IUFM

Le Haut conseil de l'éducation (HCE) doit rendre un avis en septembre au ministre de l'Education nationale. On sait déjà  que les conseils du HCE porteront sur :
- la promotion de la pédagogie différenciée,
- la détection des problèmes de santé et de maltraitance,
- une formation privilégiant la présentation de cas réels (notamment pour gérer les phénomènes de violence),
- l'allongement de la durée des stages.

La Conférence des directeurs d'IUFM (CDIUFM) propose, quant à  elle, dans un projet de cahier des charges :
- une formation sur 2 ans, qui placerait le concours en début d'année et non au printemps,
- le renforcement de l'apprentissage des langues,
- la sensibilisation au socle commun,
- la gestion de l'hétérogénéité des classes.

De son côté, le ministre de l'Education nationale proposera des pistes concernant :
- l'essor de la bivalence des enseignants,
- le développement des stages : 1 jour par semaine, soit un passage de 9 à  10 semaines de stages, grâce au remplacement des décharges des directeurs,
- la maîtrise des technologies de l'information et de la communication (TIC),
- l'enseignement des langues (avec prévalence de l'oral),
- une meilleure connaissance de la vie professionnelle, à  travers un rapprochement de l'IUFM avec l'entreprise afin "que l'éveil professionnel soit aussi une des fonctions du maître".

Une concertation pour cet automne

Gilles de Robien prévoit une concertation avec les syndicats à  l'automne. En attendant, il les invite à  l'accompagner dans des voyages d'étude qu'il va effectuer en Autriche, Belgique, Suède et Finlande.
Les syndicats de la FSU réclament, pour leur part, une concertation immédiate. Ils se positionnent déjà  sur une durée allongée de la formation. Celle-ci inclurait une période de pré professionnalisation "assorti de dispositifs de pré-recrutement et d'aide aux études". Ils souhaitent ensuite une entrée progressive dans le métier, accompagnée de formations complémentaires. Ils refusent d'ores et déjà  une "inflation de prescriptions sans cohérence et l'idée que le métier peut se réduire à  une liste de compétences rassemblées de façon plus ou moins aléatoire dans un "référentiel".


Sources
DEPECHES DE L'AEF
Gilles de Robien veut rénover l'enseignement des langues étrangères, Florence Pagneux, 30 mai 2006, n° 65538.
Les professeurs des écoles critiques vis-à -vis de leur formation à  l'IUFM, selon une note de la DEP, Florence Pagneux, 29 mai 2006, n° 65487.
Réforme de la formation en IUFM : la FSU demande à  Gilles de Robien d'ouvrir "sans attendre" la concertation, Grégory Danel, 9 juin 2006, n° 65924.

LES ECHOS
Les enseignants critiques sur leur formation en IUFM, 13 juin 2006, p. 4.

LE FIGARO
Les trois quarts des enseignants s'estiment mal préparés à  leur métier, Marie-Estelle Pech, 31 mai 2006, p. 11.

LE MONDE - LA LETTRE DE L'EDUCATION
Le cahier des charges sera présenté à  l'automne, la FSU demande l'ouverture d'une concertation, 19 juin 2006, p. 3.

Pour approfondir

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