Danielle Lacroix (rédactrice Formiris)



Ce qui devrait changer dans les établissements de banlieue
01/03/2008
Plusieurs fois évoquées par le chef de l'Etat ou ses ministres, les mesures du Plan Banlieue qui s'appliqueront dès 2008-2009 ont enfin été détaillées le 14 février. Elles soulèvent déjà  des réticences et des controverses.

La présentation concrète et orchestrée du plan "Espoir banlieue"

Le 8 février dernier, Nicolas Sarkozy a officialisé le plan banlieue, précédemment annoncé par Fadela Amara le 22 janvier. Six jours après, c'est le ministre de l'Education nationale, accompagné de Fadela Amara, qui en a dévoilé les mesures concrètes. Estimées à  200 millions d'euros, certaines confortent des expériences déjà  menées, d'autres sont nouvelles. Parmi ces dernières, on relèvera le développement du "busing" dans 50 communes pour les CM1 et CM2, la destruction d'une vingtaine de collèges en mauvais état, la généralisation de l'accompagnement éducatif après les cours pour plus de 5 000 écoles classées en ZEP. Concernant les élèves "décrocheurs", les établissements dits de la seconde chance devraient être multipliés avec 16 000 places supplémentaires dans les 4 ans à  venir.
Cependant, l'un des objectifs forts de ces mesures est de favoriser l'émergence d'une élite des banlieues. Pour cela, 30 établissements sont appelés à  devenir des lycées d'excellence. Ils offriront des sections internationales, des classes à  horaires aménagés permettant des études artistiques ou sportives. De même, 4 000 places en internats de réussite éducative seront créées d'ici 5 ans. Quant aux meilleurs lycéens de ces quartiers, ils se verront proposer des places en classes préparatoires.
Enfin, un fonds spécifique est créé qui permettra à  l'enseignement catholique d'ouvrir 50 classes dans les banlieues difficiles.

Réactions des syndicats : mesures insuffisantes et incitation à  une concurrence public/privé

Les syndicats estiment que ces mesures sont inférieures aux besoins et aux attentes. Certaines d'entre elles pourraient même augmenter les inégalités ou les ségrégations selon la FSU et semblent vouloir promouvoir "une poignée de jeunes" pour le SE-UNSA. Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de recherche au CNRS et présidente de la Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs (FNEPE) regrette avant tout qu'il s'agisse de mesures réparatrices, peu cohérentes, avec un mode de financement imprécis comportant peu d'actions de prévention.
C'est surtout le recours à  l'enseignement privé et la dotation financière envisagée par l'Etat qui suscitent le plus de réactions. Cette mesure inquiète ainsi l'UNSA-Education et est ressentie comme une provocation par le SNES-FSU ou le SE-UNSA. Le SGEN-CFDT et la FEP-CFDT souhaitent pour leur part que l'on n'oppose pas public et privé - les deux devant "concourir à  la réussite de tous".
De son côté, l'Enseignement catholique avait récemment déclaré être prêt à  lancer une douzaine de projets en banlieue sans en préciser ni l'implantation, ni les aspects concrets. Il souhaitait, avant d'aller plus loin, que le ministère de l'Education nationale fasse connaître ses propositions. Par ailleurs, Fernand Girard, chargé des relations politiques au SGEC, demande au ministère "de formaliser un peu mieux les choses à  compter du budget 2009". Il estime qu'un "budget spécial pour l'égalité des chances permettrait d'aboutir à  un mécanisme plus cohérent, auquel tous les établissements de France pourraient participer".




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