Stéphanie Jean-Lambert (documentaliste Formiris)



Comment apprendra-t-on à  lire à  la rentrée 2006 ?
10/04/2006
Suite aux controverses sur les méthodes d'apprentissage de la lecture, Gilles de Robien, ministre de l'Education nationale, envisage une réforme des programmes qui exclurait tout recours à  la méthode globale.

Les experts à  la rescousse du ministre

Faire le point sur la mise en oeuvre de la circulaire concernant les méthodes d'apprentissage de la lecture était à  l'ordre du jour du séminaire "Apprendre à  lire", organisé par la Direction de l'enseignement scolaire (DESCO) à  Paris. Autour du ministre de l'Education nationale, recteurs d'académie, directeurs d'IUFM, universitaires et scientifiques étaient réunis. Tous s'accordent sur un point : recourir à  un enseignement de la correspondance graphème-phonème (syllabe-son) dès le début du CP. Toutefois cette pratique doit s'accompagner d'autres méthodes, comme un travail sur le sens des phrases et des exercices d'écriture. Selon Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, "il convient de privilégier un enseignement conjoint de deux approches". Et Gilles de Robien de conclure : "le déchiffrage a un but : la lecture précise de mots. Il ne s'agit pas de s'en tenir à  des dictées de syllabes dépourvues de signification, ni à  épeler des mots !". Reconnaissant la difficulté des enseignants "à  doser" les différentes pratiques, le ministre de l'Education nationale s'est engagé à  renforcer leur formation dans ce domaine. Il a également demandé à  l'Observatoire national de la lecture (ONL) de "mettre au point une grille comparative des différents manuels existants" pour que "chacun puisse mieux se repérer".

Une modification des programmes scolaires

Pour "lever toute ambiguïté", Gilles de Robien a préparé un nouvel arrêté modifiant les programmes scolaires 2002 de l'école primaire, afin de les rendre conformes à  la circulaire de janvier. Cette dernière indiquait déjà  la suppression des méthodes globales et semi-globales d'apprentissage de la lecture. Le nouveau texte précise qu'"un entraînement systématique à  la relation entre graphèmes et phonèmes doit être assuré au début du cours préparatoire à  l'oral et à  l'écrit". Il faut permettre à  l'élève de "déchiffrer, de relier le mot écrit à  son image auditive et à  sa signification". L'apprentissage de la lecture passera également par "l'acquisition progressive des démarches, des compétences et connaissances nécessaires à  la compréhension".

Vers un modèle unique de pratique pédagogique ?

Ces nouveaux programmes n'imposent pas le recours exclusif à  la méthode syllabique. Toutefois, selon Philippe Niemec, secrétaire national du syndicat enseignant SE-Unsa, "ils restreignent la grande diversité des pratiques des professeurs qui répond justement à  la grande diversité des élèves. On va tout droit vers la préconisation d'un manuel d'apprentissage unique". Le 22 mars, Gilles de Robien a présenté ce texte au Conseil supérieur de l'éducation (CSE) qui a rendu un avis défavorable avec 23 voix contre, 6 voix pour, 2 abstentions et 8 refus de vote. Les syndicats contestent en effet vivement cette réforme et dénoncent "un simulacre" de concertation. Malgré tout, les nouveaux programmes entreront en vigueur à  la rentrée 2006 selon la décision du ministre qui a indiqué agir "dans l'intérêt des enfants et de leur réussite scolaire".

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