Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)



Les grandes lignes de la réforme du primaire
01/03/2008
15 % d'écoliers sont en "difficultés sévères ou très sévères" et 25 % ont des "acquis fragiles" à  l'issue du CM2. Ce constat montre l'enjeu de la réforme du primaire : diminuer par 3 l'échec scolaire avant la 6ème d'ici 5 ans. Dévoilée par le Président de la République le 15 février, puis précisée par le ministre de l'Education nationale le 20, cette réforme prévoit la refonte des programmes, une nouvelle organisation du temps scolaire et la mise en place de stages de remise à  niveau.
Parallèlement, l'initiative de Nicolas Sarkozy concernant l'enseignement de la Shoah en CM2 a suscité des controverses.

Les nouveaux programmes

Les nouveaux programmes tiennent compte de la diminution de la durée d'enseignement qui passe de 26 à  24 heures. Le ministre les a souhaités "plus courts, plus clairs et plus ambitieux ". En une trentaine de pages, les principaux objectifs du socle commun des connaissances et des compétences sont présentés par cycle et par niveau. Le cycle 1 englobe désormais les 3 classes de maternelle tandis que le cycle 2 comprend le CP et le CE1 et le cycle 3 le CE2, le CM1 et le CM2.
Les enseignements sont recentrés sur les apprentissages fondamentaux : lecture, écriture et mathématiques. Toutefois l'histoire des arts et "une instruction civique et morale" (en remplacement de l'éducation civique) sont introduites. Une heure de sport a été ajoutée ainsi qu'une initiation à  une langue étrangère dès le CP. Les volumes horaires sont définis pour chaque matière et des progressions annuelles détaillées pour le français et les mathématiques du CP au CM2.
Aucune méthode pédagogique n'est imposée. Par contre, l'évaluation des enseignants prendra en compte les progrès des élèves. Cette évaluation aura lieu tous les 2 ans (au lieu de 4 en moyenne actuellement). Xavier Darcos a annoncé à  cet effet une augmentation de 50 % du nombre des inspecteurs de l'Education nationale (IEN).
Deux évaluations nationales en français et en mathématiques seront organisées sous forme de QCM en janvier pour les CM2 et en avril pour les CE1. Les familles recevront les résultats de leurs enfants, ainsi que ceux de l'école.
Ces programmes ne sont encore qu'un projet soumis à  consultation jusqu'à  mi-avril, pour publication d'une version définitive fin avril-début mai. Des demi-journées d'étude seront organisées dans les écoles et le ministère suivra les débats dans 30 établissements. Enfin, ce projet sera examiné par des commissions de l'Assemblée nationale et du Sénat et passera devant le Haut conseil de l'éducation. Ce texte est d'ores et déjà  consultable sur le site du ministère et à  partir du 3 mars, il sera possible de réagir en ligne.

Réaffectation des 2 heures du samedi matin

Les cours du samedi matin ont été supprimés. Que faire de ces 2 heures libérées ? Une négociation entre les syndicats et le ministère de l'Education nationale a abouti le 5 février à  la signature d'un protocole par le SE-UNSA et le SGEN-CFDT. Le SNUIPP-FSU réserve sa réponse. Ce document servira de base pour la rédaction des textes réglementaires.
Les 108 heures récupérées seront réparties comme suit :
- 24 heures pour des travaux en équipe pédagogique, les relations avec les parents, le suivi des projets personnalisés de scolarisation pour les élèves handicapés,
- 18 heures pour l'animation pédagogique et la formation,
- 6 heures de conseil d'école,
- 60 heures auprès des élèves.
Les écoliers concernés par les heures de soutien seront repérés par le maître de la classe. La décision et l'organisation du dispositif d'aide seront de la responsabilité du conseil des maîtres. L'aide prendra la forme du projet personnalisé de réussite éducative (PPRE).

Stages de remise à  niveau

Pour les élèves de CM1 et CM2 demeurant en difficulté et qui auront été repérés grâce à  des "bilans de compétences", Xavier Darcos instaure des stages de remise à  niveau. Trois périodes sont retenues : une semaine pendant les vacances de Pâques, une en juillet et une en août.
Ces enfants bénéficieront de 3 heures de remise à  niveau quotidiennes pendant 1 semaine, en mathématiques et en français. Les enseignants seront rémunérés en heures supplémentaires.
Dans une circulaire envoyée le 5 février aux recteurs d'académie, le ministre précise les élèves concernés et l'organisation du dispositif.

Polémique sur l'enseignement de la Shoah

Lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Nicolas Sarkozy a suscité la surprise en annonçant un projet visant à  l'enseignement et à  la préservation de la mémoire de la Shoah. Il s'agissait de confier à  chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant déporté.
Les critiques ont fusé de divers lieux : historiens, enseignants, psychologues, politiques, syndicats, etc. Si chacun reconnaît la nécessité de cette initiation, la plupart ont trouvé cette charge trop lourde à  porter pour un enfant de 10 ans. Ils craignent l'apparition de troubles psychologiques, de sentiments de culpabilité, mais aussi l'exacerbation de tensions communautaires et confessionnelles avec une surenchère des mémoires. Par ailleurs, ce chapitre de ce passé fait déjà  partie de l'enseignement de l'histoire en primaire.
Finalement, Xavier Darcos a précisé que ce "parrainage" serait confié à  une classe entière. Une commission que pourrait coordonner Hélène Waysbord-Loing, inspectrice générale honoraire et présidente de l'association de la maison d'Izieu, élaborerait des documents pédagogiques. Simone Veil aurait accepté d'être associée à  la réflexion. En outre, les nouveaux programmes aborderont la traite des Noirs et l'esclavage.

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