Stéphanie Jean-Lambert (documentaliste Formiris)



La carte scolaire : débat de fond ou enjeu politique ?
01/10/2006
Depuis sa création en 1963, la carte scolaire a toujours divisé l'opinion. Pour, la première fois, la gauche et la droite semblent partager le même point de vue... allant jusqu'à  plébisciter sa suppression.
Rapport : Les effets de la composition scolaire et sociale du public d'élèves sur leur réussite et leurs attitudes : évaluation externe et explorations qualitatives, Marie Duru-Bellat, IREDU, 2004.

Rapport :
La carte scolaire 2006 du 1er degré
, Eduscol, 2006.

La sectorisation, l'affectation et l'évitement scolaire dans les classes de 6ème à  Paris en 2003, Education & formations, juin 2005.

L'Apartheid scolaire : enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, Georges Felouzis, François Liot, Joëlle Perroton, Seuil, 2005.

Les dérives d'un système

Mise en place au moment de la création des collèges, la carte scolaire avait pour objectif de répartir géographiquement les élèves en fonction de la capacité d'accueil des établissements et de favoriser la mixité sociale. Rapidement, elle n'a plus rempli ce rôle en raison de multiples demandes de dérogation. Les parents qui souhaitent voir leurs enfants intégrer de "bons" établissements utilisent maints subterfuges : options rares, horaires aménagés, rapprochement familial ou choix du privé. Ce sont les classes moyennes et aisées qui ont le plus recours à  ces méthodes.

La carte scolaire au coeur des stratégies politiques

En mars dernier, à  l'occasion d'un meeting dans le Nord, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, prônait la suppression pure et simple de cette carte scolaire. Ainsi serait favorisée "la liberté du choix de l'établissement pour toutes les familles". Selon lui, la carte scolaire ne répond plus aux objectifs qui lui étaient assignés, mais est devenue "une fatalité pour ceux qui n'ont pas les moyens ou les relations pour s'en affranchir".
A la rentrée, Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, s'empare à  son tour du sujet. Elle crée ainsi la zizanie au sein du PS en annonçant que "l'idéal" serait de "supprimer la carte scolaire" ou du moins de "desserrer ses contraintes" pour "mettre en place une forme de choix entre 2 ou 3 établissements à  condition que les établissements les plus délaissés soient renforcés avec des activités scolaires de haut niveau".
Le ministre de l'Education nationale, ensuite, a indiqué qu'il souhaitait "assouplir" la carte scolaire, car elle a un "petit côté privatif de liberté".
Dominique de Villepin, enfin, a déclaré de son côté qu'il n'envisageait pas cette suppression car "ce serait plus d'injustice et un formidable dérèglement". Et de donner comme exemple d'aménagement possible de la carte, le cas de ces 27 collégiens de ZEP qui ont bénéficié d'une dérogation officielle pour choisir leur lycée car ils avaient obtenu une mention très bien au brevet des collèges.
Le Premier ministre a chargé Gilles de Robien d'ouvrir une consultation sur la carte scolaire avec les enseignants, les associations de parents d'élèves, les chefs d'établissement, les élus et des représentatnts de l'Enseignement catholique. Celle-ci a débuté le 20 septembre. Aucun calendrier plus précis n'a été avancé.

Tout le monde se positionne...

De leur côté, les organisations syndicales et les associations de parents d'élèves, conscientes des dérives de ce dispositif, mais soucieuses de préserver la mixité sociale, se montrent favorables à  une concertation. Elles mettent toutefois une condition : ne pas parler de suppression, mais en profiter pour dresser "un véritable état des lieux de la situation". Ainsi, pour Bernard Boisseau, président du SNES, comme pour Gérard Aschieri, président de la FSU, "il faut sans doute la réformer, mais l'affaiblir ou la supprimer serait une grave erreur, car cela contribuerait à  faire disparaître toute mixité sociale". Le président de la FCPE, Faride Hamana, va même jusqu'à  demander l'intégration des établissements privés dans le principe de la sectorisation.
Interrogé sur ce sujet, Paul Malartre, secrétaire général de l'Enseignement catholique, estime qu'aujourd'hui, "la sectorisation ne s'applique qu'aux plus pauvres » et considère « qu'un aménagement de la carte scolaire favoriserait la mixité sociale". Pour sa part, l'UNAPEL a rappelé que "plus qu'un recours, [l'enseignement privé est] choisi pour la qualité du suivi éducatif des élèves".

Des pistes envisagées par les chercheurs

Tous ont des idées pour aménager la carte scolaire : supprimer les établissements ghettos, établir plus de transparence dans les dérogations, etc. Plusieurs experts du système éducatif ont également des solutions. Telle la sociologue Marie Duru-Bellat qui suggère de "mettre des enseignants expérimentés dans ces établissements, de proposer des options prestigieuses en ZEP, de développer le soutien aux élèves en difficulté" pour limiter l'évitement scolaire. Georges Felouzis, co-auteur du livre "L'Apartheid scolaire" et enseignant-chercheur à  l'université de Bordeaux II, estime, quant à  lui, que la carte scolaire devrait aider les familles les plus défavorisées et considère que seules ces dernières devraient pouvoir choisir leur établissement.

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