Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)



Formation des enseignants : une réforme critiquée tous azimuts !
18/01/2010
Présenté le 8 décembre aux syndicats, le projet de circulaire de cadrage des masters rencontre une vive opposition. La plupart des syndicats d'enseignants ou les organismes tels que la CPU, la CDIUFM, le comité de suivi des masters ou le CNESER* y sont très défavorables. La circulaire mettant en place les masters et les arrêtés fixant les sections et les modalités d'organisation des concours ont finalement été publiés début janvier 2010.

Des masters permettant d'exercer différents métiers

Le projet de circulaire "pour la mise en place des diplômes nationaux de master ouverts aux étudiants se destinant aux métiers de l'enseignement" a été communiqué aux organisations syndicales le 8 décembre 2009.
Cette circulaire énonce plusieurs principes généraux. Tout d'abord les formations doivent être conçues "comme des parcours de master, permettant de devenir enseignant, CPE** ou documentaliste, mais aussi d'effectuer d'autres choix professionnels".
La spécialisation doit être progressive tout au long des 4 semestres. Elle comprendra une composante forte de formation professionnelle, de plus en plus importante au fur et à  mesure du cursus. Les étudiants se verront ainsi proposer des stages d'observation et de pratique accompagnée, puis des stages en responsabilité après l'admissibilité.
Les spécificités propres à  certains concours (professeurs des écoles, CPE, documentalistes, CAPET, CAPLP) seront reconnues.
Enfin, la formation sera adossée à  une ou plusieurs équipes de recherche afin de permettre une "lecture informée et critique des travaux de recherche" et une initiation à  la recherche "pouvant se traduire par la réalisation d'un travail de recherche individuel ou collectif."
Plusieurs architectures de formation sont possibles : des masters disciplinaires "aménagés", des masters disciplinaires ou pluridisciplinaires poursuivant une finalité professionnelle plus large, des masters spécialisés avec réorientation possible. Pour les CAPLP, professeurs des écoles, documentalistes, etc., les universités pourront aussi prévoir des masters bi ou pluridisciplinaires avec association de majeure et de mineure.
Une formation continuée sera organisée pendant la première année de fonction sur au moins un tiers du service d'enseignement. La réforme doit également permettre une évolution de l'offre de formation continue dans le cadre de la formation tout au long de la vie.

Pour la CPU, la réforme "n'est pas à  la hauteur des enjeux"

Lors de ses séances plénières du 19 novembre et du 17 décembre, la CPU se montre très sévère vis-à -vis de la réforme. Elle estime qu'elle "ne permettra pas d'atteindre les objectifs qu'elle se donne" et que "les propositions dessinent un schéma de formation incohérent et composite".

La CDIUFM "affirme sa consternation face aux propositions des deux ministres"

La CDIUFM juge que la question de l'insertion professionnelle des étudiants non admis n'est pas améliorée et que de fait ces étudiants se représenteront plusieurs fois aux concours. Elle craint également que la polyvalence des professeurs des écoles ne soit sacrifiée. Quant aux concours, les dates posent toujours problème et elle se demande quelle dose de professionnalisation ils comprendront.

Les recommandations du comité de suivi "master"

Le comité de suivi "master" dans son avis du 16 décembre rappelle le désaccord des membres du comité sur les modalités de mise en oeuvre de la réforme. Il estime que le master tel qu'il est conçu par les deux ministères répond à  trop d'objectifs sans réelle articulation. Il appelle :
- à  la mise en place de stages obligatoires avec une dimension professionnelle restant au coeur du dispositif,
- à  la création de filières spécifiques de formation et non de simples aménagements des masters existants,
- à  se servir du savoir-faire des IUFM.

Le CNESER rend un avis négatif

C'est un projet de circulaire remanié qui a été présenté au CNESER le 21 décembre. Néanmoins, avec 35 voix contre, 3 pour et 1 abstention, le Conseil s'est opposé lui aussi au projet du gouvernement. Dans une motion, il déplore que le "report d'un an d'une application complète de la réforme, [...], qui aurait pu permettre de mettre en place une réelle concertation destinées à  l'élaboration d'une réforme partagée, a été dévoyé par Luc Chatel et Valérie Pécresse".
Les critiques portent sur la place des épreuves d'admissibilité, la réduction de la formation professionnelle, l'absence d'aide financière conséquente pour les étudiants.

La mobilisation syndicale

La plupart des organisations syndicales s'élèvent contre le projet des 2 ministères. Même si leurs raisons ne sont pas toujours identiques, une relative unité existe sur un certain nombre de points.
Par exemple, elles estiment que la partie professionnelle de la formation est sacrifiée. Selon elles, la suppression de l'année d'enseignant stagiaire ne sera pas compensée par les stages prévus. Elles craignent, en outre, que les universités aient du mal à  assurer la dimension professionnelle de la formation qui était réalisée par les IUFM.
Les syndicats jugent en outre le projet confus. Ils critiquent la place du concours et redoutent que chaque université ne construise ses parcours au détriment d'une cohérence nationale.
Par ailleurs, il leur semble impossible, la même année, de préparer le master, de se présenter au concours, de rédiger son mémoire, de réaliser ses stages, de s'initier à  la recherche et d'envisager d'autres débouchés !
Enfin, l'allongement de la durée des études, sans rémunération, découragera les candidats de milieux modestes au détriment de la diversité.


*Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche
**Conseiller principal d'éducation

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