Stéphanie Jean-Lambert (documentaliste Formiris)



L'école face à  l'histoire coloniale
31/12/2005
Un article de loi relatif à  l'enseignement de la colonisation dans les programmes scolaires divise l'opinion des mois après sa promulgation.
Ecole et pouvoir colonial : retour sur la légitimation de la colonisation, Dialogues politiques : revue plurielle de science politique, janvier 2004.

Colonisation, histoire et mémoire, dossier du Café pédagogique, 2005.

Un texte de loi controversé

Les partis de la majorité et de l'opposition s'affrontent à  propos de l'article 4 de la loi du 23 février 2005. Celui-ci précise que "les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Ce texte, proposé par le député UMP, Christian Vanneste, est à  l'origine un sous-amendement au projet de loi sur les rapatriés. Cet article a été adopté par les députés et les sénateurs le 16 décembre 2004 sans susciter la moindre réaction. En revanche, quelques mois plus tard, après la promulgation de la loi en février 2005, les enseignants se sont exprimés les premiers au nom de la liberté de l'historien. Hubert Tisson, secrétaire général de l'Association des professeurs d'histoire et de géographie, explique "qu'il appartient aux historiens d'écrire l'histoire et aux enseignants de l'enseigner. Il ne doit pas y avoir d'histoire officielle comme dans les dictatures". Ils ont été suivis par la Ligue des droits de l'homme et différentes associations qui ont contesté à  leur tour le texte de loi. Enfin, le groupe socialiste s'est emparé du sujet dès l'été 2005 en déposant une proposition devant l'Assemblée nationale pour demander l'abrogation de cet article.

Deux visions de l'histoire coloniale

Le 29 novembre, devant l'Assemblée nationale, les députés se sont affrontés sur deux conceptions de la colonisation. Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste, définit celle-ci comme "un système de domination d'un peuple sur d'autres et qui a contredit toutes les grandes valeurs démocratiques et humanistes de la République". Cet article de loi "renoue avec ces temps immémoriaux où l'école pensait former de bons Français en leur enseignant une histoire officielle".
De son côté, le groupe UMP estime qu'il ne faut pas oublier le "rôle positif" de la colonisation notamment en matière de "médecine, d'instruction, de sécurité et d'équipements publics".
Après plusieurs heures de débat, l'Assemblée nationale a fini par rejeter la proposition du Parti socialiste, soutenu par le PC et l'UDF, à  raison de 183 votes contre (UMP) et 94 pour.

Jacques Chirac favorable à  une politique d'apaisement

Le chef de l'Etat qui souhaite "apaiser les esprits" s'est exprimé lui aussi, à  l'occasion d'une allocution radiotélévisée le 9 décembre. Pour lui, "dans la République, il n'y pas d'histoire officielle. Ce n'est pas à  la loi d'écrire l'histoire. L'écriture de l'histoire, c'est l'affaire des historiens".
Par ailleurs, Jacques Chirac a annoncé la création "d'une mission pluraliste pour évaluer l'action du Parlement dans les domaines de la mémoire et de l'histoire". Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, est chargé de sa mise en oeuvre. Comme le recommande le Président de la République, "cette mission devra écouter toutes les sensibilités, [et] devra s'entourer d'historiens". Les conclusions de ce rapport devraient être rendues d'ici 3 mois.
Enfin, Jacques Chirac souhaite également que la Fondation sur la mémoire, prévue dans ce même article de loi du 23 février 2005, soit mise en place rapidement.

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