Valérie Granger (documentaliste Formiris)



Le gouvernement lance la réforme de la carte scolaire
01/07/2007
A peine nommé, le ministre de l'Education a abordé la question de la carte scolaire. Pour lui, créée il y a 40 ans, celle-ci est devenue inadaptée et n'assure plus l'égalité des chances. Un assouplissement avant la rentrée 2007-2008, puis une suppression d'ici 2010 sont proposées.
Xavier Darcos assouplit la carte scolaire, Ministère de l'Education nationale, juin 2007.

La carte scolaire dans le débat électoral, @toutDoc, avril 2007.

Les conditions de dérogation pour la rentrée 2007-2008

Début juin, le ministère de l'Education a précisé les critères de désectorisation. Il estime que le nombre de dérogations, de 8 à  10 % actuellement, pourrait passer à  20 % en septembre. Pour en bénéficier dès cette rentrée, les parents ont jusqu'au 30 juin pour déposer un dossier auprès de leur inspection d'académie. Sont définis comme prioritaires : les élèves souffrant d'un handicap ou nécessitant une prise en charge médicale importante, les boursiers, les élèves qui doivent suivre un parcours scolaire spécifique, ceux dont un membre de la fratrie est déjà  scolarisé dans l'établissement et enfin ceux dont le domicile est situé en limite de secteur.
Le ministère a mis en ligne sur son site une page d'information à  destination des parents.

La communauté éducative réservée sur la suppression de la carte scolaire

La plupart des organisations syndicales sont hostiles à  l'abandon de la carte scolaire. Elles auraient préféré un redécoupage des secteurs présentant une meilleure hétérogénéité sociale. Elles pointent le risque pour les collèges défavorisés de perdre leurs bons éléments. Pour Faride Hamana, président de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), supprimer la carte scolaire permettra aux familles "d'être librement choisies par le chef d'établissement" et risque de favoriser le "règne de l'arbitraire".
De nombreux parents d'élèves souhaitent le changement, mais avec des garde-fous. En effet, ils craignent que cette liberté de choix ne s'accompagne d'un renforcement des inégalités.

Des avis contrastés de la part des experts

Si de nombreux observateurs s'accordent pour dire que la carte scolaire n'assure plus aujourd'hui la mixité sociale dans les établissements, ils suggèrent d'autres pistes que celles proposées par le gouvernement.
Marc Oberti, auteur de "l'Ecole dans la ville" , propose un autre type de réforme. Il estime que les caractéristiques locales doivent être prises en compte. Les solutions ne sont pas les mêmes selon qu'il s'agit d'un collège rural, de banlieue ou de centre ville. Une analyse que partage également, Bernard Toulemonde (Inspecteur général de l'Education nationale honoraire). Il insiste sur le fait qu'il serait temps de ne plus envoyer les professeurs les moins expérimentés dans les établissements difficiles. Il imagine l'attribution aux écoles d'une allocation pondérée en fonction des catégories socioprofessionnelles des parents d'élèves.
Christian Maroy, sociologue à  l'Université catholique de Louvain, constate quant à  lui que les différentes recherches menées en Europe révèlent que dans les pays où les parents ont le libre choix de l'école, la discrimination sociale est favorisée. Cependant, le cas de la France indique que la ségrégation est liée à  une ségrégation territoriale et aux stratégies de contournement de certains parents. Il suggère une régulation du système, qui agirait autour d'un "bassin scolaire pertinent et coordonnant en son sein l'ensemble des établissements publics et privés".

La position de l'Enseignement catholique

Le débat engagé sur la sectorisation intéresse aussi l'Enseignement catholique qui s'interroge sur sa participation à  l'effort de mixité sociale. Paul Malartre, secrétaire général de l'Enseignement catholique, considère que l'ouverture sociale passe aussi par une diversification des filières de formation. Il souhaite ainsi que des structures d'enseignement adaptées aux élèves en difficulté se développent. Par ailleurs, il n'est pas opposé à  l'ouverture d'établissements catholiques dans des quartiers difficiles, mais "il nous faudra plus de moyens", déclare-t-il.

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