Florence Albert Peña (documentaliste Formiris)



Les grandes écoles s'ouvrent à  la mixité sociale
30/06/2005
En 2001, Sciences-Po instaurait un concours d'entrée spécifique aux lycéens issus de zones d'éducation prioritaires (ZEP). Quatre ans plus tard, l'idée a fait des émules et a inspiré d'autres établissements.

"Une prépa, une grande école, pourquoi pas moi ?"

A l'instar de Sciences-Po, l'ESSEC, grande école de commerce, développe depuis 2002 un programme de tutorat destiné à  des lycéens issus d'établissements classés ZEP. Intitulé "Une prépa, une grande école, pourquoi pas moi ?", ce dispostif a pour but d'aider ces jeunes à  mieux choisir leurs études supérieures et à  oser "viser plus haut" en choisissant les filières sélectives. Une vingtaine de lycéens triés sur le volet, issus de milieux modestes et des quartiers prioritaires, sont ainsi sélectionnés chaque année pour suivre un tutorat de 3 ans - de la seconde à  la terminale - à  raison de 3 heures par semaine. Ils bénéficient de cours d'anglais et de théâtre, de sorties culturelles et de stages en entreprises. Actuellement, 90 jeunes sont concernés.
Cette initiative rencontre un franc succès. Sur les 18 lycéens issus de la première promotion, 13 s'inscriront en prépa à  la rentrée, 1 élève intégrera une école de médecine et 2 autres opteront pour une grande école après un BTS ou un IUT. Ces bons résultats incitent d'autres établissements à  s'intéresser à  ce type de partenariat.
Cette politique de discrimination positive est désormais reconnue et relayée par une charte pour l'égalité des chances dans l'accès aux formations d'excellence. Celle-ci a été signée le 17 janvier dernier par la Conférence des présidents d'université (CPU), la Conférence des grandes écoles (CGE), la Conférence des directeurs d'écoles et de formations d'ingénieurs (CDEFI), par le ministère de l'Education nationale et celui de l'Emploi.

Un écho de ce dispositif au sein du gouvernement

Le gouvernement cherche également à  rétablir "l'égalité des chances" entre les élèves et souhaite rénover la politique de l'éducation prioritaire. Dès son arrivée à  Matignon, Dominique de Villepin encourageait le ministre de l'Education à  "se saisir du problème de l'éducation prioritaire". De son côté, Nicolas Sarkozy propose de "fixer comme objectif que 5 % à  10 % des élèves les plus motivés de chaque établissement scolaire des zones d'éducation prioritaire puissent accéder aux classes préparatoires et aux instituts d'études politiques". Il suggère également de mettre "les meilleurs professeurs" dans les ZEP et de "les payer en conséquence".


Si les programmes de « discrimination positive » portent leurs premiers fruits, en revanche, l'attitude sociale du gouvernement suscite les inquiétudes de l'Observatoire des zones prioritaires (OZP) qui craint de voir disparaître le dispositif des ZEP au profit de "parcours individuels". D'autant que, selon l'OZP, les avantages financiers ne résolvent pas tous les problèmes. Pour lui, il serait préférable d'accorder aux enseignants davantage "de temps pour travailler en équipe" et de favoriser "un accompagnement dense pour maintenir et développer leur qualification".

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