Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)



Nouveau lycée : les propositions des missions Apparu et Descoings
02/06/2009
La mission d'information de l'Assemblée nationale a présenté le 27 mai son rapport sur la réforme du lycée. Celui-ci repense entièrement l'architecture du lycée et du système éducatif. Des divergences au sein de la mission ont conduit à  la publication d'un texte en 2 parties : le rapport lui-même défendu par Benoist Apparu (UMP), rapporteur et une contribution d'Yves Durand (PS), président de la mission. Quant à  Richard Descoings, directeur de Sciences po, ses conclusions ont été rendues publiques le 2 juin.
Rapport d'information sur la réforme du lycée, Assemblée nationale, Benoist Apparu, 27 mai 2009.

Préconisations sur la réforme du lycée, Richard Descoings, 2 juin 2009.

Site "lycéepourtous.fr", créé par Richard Descoings.

Une refonte du système éducatif

Selon les membres de la mission de l'Assemblée nationale, le lycée "ne peut plus se contenter d'être sa propre finalité. Il doit préparer une partie importante de ses élèves à  poursuivre des études dans l'enseignement supérieur, pour y obtenir un diplôme." Il devient une "étape intermédiaire avec pour objectif de conduire 50 % d'une classe d'âge à  un diplôme du supérieur (42 % aujourd'hui) et 25 % de diplômés du bac professionnel (15% aujourd'hui)."
Le lycée, la licence et les DUT/BTS seraient ainsi fondus dans un même cycle. En amont, la maternelle et le collège formeraient un bloc ayant pour objectif l'acquisition du socle commun. En aval, le 3ème bloc commencerait au master. En outre, les filières technologiques devraient se voir offrir de meilleurs débouchés dans le supérieur en obligeant les IUT à  accueillir au moins 50 % de bacheliers technologiques.

Une nouvelle organisation du lycée

La classe de 2nde reste générale et indifférenciée. Il y serait enseigné les mêmes matières qu'au collège avec deux nouvelles disciplines : la technologie et l'économie.
L'horaire hebdomadaire serait ramené à  35 heures. Une diminution de 2 semaines des vacances d'été et la refonte des programmes pour les alléger et les clarifier permettraient de trouver le temps nécessaire à  tous les enseignements.
Cela aboutirait à  :
- 30 heures d'enseignement se décomposant en 70 % d'enseignement d'un tronc commun (français, mathématiques, histoire géographie, 2 langues vivantes, sciences expérimentales et sport), 20 % de modules d'exploration ou d'approfondissement (4 dont 2 obligatoires en sciences économiques et sociales et sciences technologiques), 10 % d'accompagnement (méthodologie, aide individualisée, activités pluridisciplinaires, aide à  l'orientation, travaux de recherche encadrés) ;
- 5 heures de travail personnel effectuées dans les locaux scolaires, car selon le député Benoist Apparu, le plus grand facteur d'inégalité réside dans l'aide que les élèves peuvent obtenir de leur entourage.
Le principe de la semestrialisation serait maintenu afin de permettre l'organisation de dispositifs de soutien entre les 2 semestres.

Le cycle terminal verrait son tronc commun réduit à  5 matières : histoire-géographie, langues vivantes (1 ou 2), éducation physique et sportive, français en 1ère et philosophie en terminale. Le temps d'accompagnement serait maintenu à  10 %.
En classe de 1ère, les lycéens choisiraient entre la voie générale ou la voie technologique. Le choix d'une spécialité ou d'une série se situerait en classe de terminale. Afin d'éviter la hiérarchisation des filières qui conduit à  privilégier la voie scientifique, le caractère scientifique du bac S serait renforcé.

Quant à  la première année de licence, elle serait plus généraliste et proposerait des modules de méthodologie.

Un bac en partie en contrôle continu

Le bac serait allégé avec :
- 4 épreuves écrites : histoire-géographie, philosophie et 2 épreuves sur les enseignements de spécialisation,
- 1 nouvelle épreuve à  fort coefficient consistant en une présentation devant un jury d'un dossier sur ses expériences pratiques et ses réflexions menées lors des heures d'accompagnement.
Les autres disciplines feraient l'objet d'un contrôle continu.

Des sas pour éviter les redoublements ou changer de voie

Afin d'éviter les redoublements, un système de "sas" offrirait de suivre une session d'un mois de cours durant l'été. A l'issue de celle-ci, le conseil de classe déciderait du passage dans la classe supérieure.
Pour permettre le passage entre les voies générales et technologiques en cours d'année ou entre 2 années, des "sas de réorientation" proposeraient un stage de mise à  niveau de 15 jours durant les vacances de février ou un sas d'un mois durant l'été en cas de changement en fin d'année scolaire.

Améliorer l'orientation

La mission propose d'avancer la procédure d'orientation au 3ème trimestre de la classe de 1ère ou au début de l'année de terminale afin de laisser le temps aux lycéens de mûrir leur projet. Un travail sur la lisibilité des informations sur les études supérieures est également jugé nécessaire.
Les CIO* pourraient être confiés aux régions et les conseillers d'orientation affectés dans les établissements scolaires.

Le métier d'enseignant

Le temps de service des professeurs certifiés serait aménagé et comprendrait 15 heures de cours et 3 heures d'activités pédagogiques (aides aux devoirs, orientation, etc.). En termes de méthode, la mission souhaite introduire une pédagogie du "côte à  côte", selon l'expression de Philippe Meirieu, afin de conforter l'autonomie de l'élève et sa capacité à  travailler. Les enseignants devront "mieux intégrer l'aide aux élèves et le travail en petits groupes".

Contestation au sein de la mission

Toutefois, des divergences suffisamment profondes ont conduit Yves Durand, Président de la mission d'information, et les députés socialistes à  rédiger une contribution qui sera mise en annexe du texte principal. Ils estiment que des chantiers préalables à  la réflexion doivent être menés sur :
- les conditions de vie des lycéens : critère d'attribution des bourses, allocation d'autonomie,
- les savoirs indispensables (à  l'image de la commission Thélot pour le collège),
- le métier d'enseignant : intégrer de "vrais" stages dans la formation, création d'un master enseignant, pré-recrutement rémunéré dès la licence pour favoriser une plus grande diversité, réflexion sur le métier, garantir les crédits de formation et notamment en formation continue,
- les effectifs : revoir le principe du non remplacement et réaliser un audit des moyens nécessaires.
Ils demandent un temps réel de concertation, alors que Benoist Apparu envisage une mise en oeuvre dès la rentrée 2010, avec étalement sur 2 à  4 ans.

Les propositions de Richard Descoings, directeur de Sciences po

La mission confiée par Nicolas Sarkozy à  Richard Descoings consistait à  reprendre contact avec les jeunes lycéens. Pour cela, il a effectué un tour de France des lycées avant de remettre son rapport le 2 juin.
Ses préconisations tiennent en 5 chapitres :
- redéfinir le rôle du lycée,
- réformer l'orientation,
- rééquilibrer les filières et redynamiser les voies technologiques,
- revoir les enseignements et l'évaluation,
- repenser le temps scolaire et les missions des enseignants.
En conclusion, il évoque 3 choix possibles.
Le 1er consisterait à  ne rien faire, ce qui se révélerait explosif à  moyen terme.
Le 2ème serait de réformer sur les sujets "urgents" cités précédemment et en ajoutant la rénovation des épreuves de langues au bac, la diminution du nombre d'élèves en 2nde, la réduction du nombre d'heures/élève en la dissociant du nombre d'heures/enseignant, une meilleure participation des lycéens aux décisions.
Le 3ème choix, préconisé par Richards Descoings, est de lancer une "vaste concertation sur une véritable refondation du lycée". Complémentaire du 2ème choix, il associe les organisations lycéennes, les syndicats enseignants, les régions.

*Centre d'information et d'orientation.

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