Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)



Ouverture du chantier sur la condition enseignante
01/10/2007
Le métier d'enseignant fait l'objet de toute l'attention du gouvernement. Nicolas Sarkozy a adressé aux professeurs une "Lettre aux éducateurs" où il affirme sa volonté d'une refondation de l'éducation. La Commission Pochard, qui vient d'être mise en place, étudiera l'évolution du métier. Malgré tout, le projet de budget 2008 prévoit la suppression de 11 200 postes, tandis que la réflexion sur la modernisation des services publics devrait aboutir à  la réduction du nombre des fonctionnaires.

L'enseignement, une des priorités de Nicolas Sarkozy

En déplacement à  Blois, le 4 septembre 2007, le Président de la République a lu la lettre qu'il a adressée aux 850 000 enseignants. Il y livre sa vision de l'école, rappelant son attachement au respect et à  l'autorité. Fidèle à  la notion de laïcité, il estime néanmoins que les grandes religions doivent être abordées "non pas dans un esprit prosélyte mais avec une approche sociologique, culturelle et historique".
Sur les parcours scolaires et sans entrer dans les détails, il a affirmé que seuls les élèves capables de passer à  un niveau d'enseignement supérieur devraient y être admis. Il fixe ainsi comme objectif aux enseignants d'élever peu à  peu le niveau d'exigence au primaire, puis au collège et au lycée. Certains voient dans ses propos la fin du collège unique (cf. Conférence de presse de rentrée : Xavier Darcos annonce les futures réformes de l'Education nationale).
Enfin, il a assuré les enseignants d'une plus grande liberté pédagogique et indiqué que les moyens seront répartis en fonction des résultats des établissements scolaires et des difficultés des élèves.

Revalorisation de la fonction enseignante, promesse de Nicolas Sarkozy

En place depuis le 24 septembre, la commission sur l'évolution du métier d'enseignant répond à  l'une des promesses de Nicolas Sarkozy de revaloriser la "carrière et les revenus des enseignants". Il s'agit de moderniser la fonction toujours régie par des textes datant de 1950.
Cette commission, présidée par Marcel Pochard, conseiller d'Etat, est composée de personnalités venant d'horizons variés : Pierre-Yves Dunoyer, secrétaire général du ministère de l'Education nationale, Michel Rocard, la sociologue Agnès Van Zanten, Christian Forestier, ancien directeur de cabinet de Jack Lang, Marie-Christine Soroko, déléguée générale de la fédération de la formation professionnelle, etc. Deux étapes à  la réflexion : la première s'étendra jusqu'en décembre. Elle dressera un état des lieux de la fonction enseignante et aboutira à  la rédaction d'un livre vert. Lors de la seconde étape, le gouvernement formulera des propositions dans un livre blanc. Celles-ci seront discutées dès mai 2008 pour une application à  la rentrée 2008. Quatre axes sont fixés à  la commission :
- le métier et les conditions de son exercice,
- l'entrée dans le métier,
- la vie professionnelle de l'enseignant,
- la reconnaissance de la fonction enseignante et sa valorisation.
Les travaux, auditions et tables rondes, seront consultables sur le site du ministère de l'Education nationale.

Moins 11 200 postes au budget 2008 : privilégier la qualité, une conviction de Nicolas Sarkozy

Plus gros employeur avec 1,2 millions de fonctionnaires, l'Education nationale paye un lourd tribut à  la réduction du budget de l'Etat. Les 11 200 suppressions de postes prévues au budget 2008 (dont 80 % de postes d'enseignants) représentent 0,8 % des effectifs. Un fonctionnaire sur trois ne sera pas remplacé (au lieu de un sur deux initialement prévu).
C'est le second cycle qui est le plus touché avec une réduction d'environ 9 800 emplois, répartie comme suit :
- 3 500 postes de contractuels transformés en heures supplémentaires pour la mise en place des projets personnalisés de réussite et du soutien scolaire au collège,
- 1 500 postes supprimés au titre de la baisse démographique (- 25 000 élèves),
- 1 700 postes disparaissant d'eux-mêmes, grâce à  la rationalisation des titulaires sur zone de remplacement (TZR) et des enseignants en surnombre.
Encore sous le coup du "baby boom", l'enseignement primaire voit ses effectifs d'écoliers augmenter de 25 000 et bénéficierait donc de 700 postes supplémentaires. L'enseignement privé perd, quant à  lui, 1 400 emplois.
Xavier Darcos a d'ores et déjà  annoncé que la réduction du nombre d'enseignants s'accompagnerait d'un allègement des emplois du temps. Il se réfère sur ce point aux comparaisons internationales de l'OCDE et aux deux rapports d'audit réalisés conjointement par les ministères des Finances et de l'Education nationale sur les "grilles horaires des enseignements".
En primaire, les élèves français ont un peu plus d'heures de cours, mais celles-ci sont réparties sur un petit nombre de semaines. Par contre, les collégiens travaillent 26 heures de plus que la moyenne européenne entre 9 et 11 ans et de 56 à  110 heures de plus (quand on compte les options facultatives) de 12 à  14 ans. Quant au lycée, avec une moyenne hebdomadaire de 45 heures, les élèves ont 20 % d'heures de cours en plus.

Poursuite de la modernisation générale des ministères

Dans le même temps, François Fillon a demandé à  chaque ministère, dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP), de réaliser un scénario de modernisation de leurs actions et de leur organisation. Cette démarche globale de modernisation de l'Etat avait été initiée sous le gouvernement Villepin. Elle a pour objectif de réduire les effectifs tout en améliorant la performance. A l'Education nationale, le groupe piloté par Pierre Lepetit, auteur des deux rapports sur les grilles horaires, et par Françoise Mallet remettra ses conclusions le 15 décembre.
De plus, une mission parlementaire a été confiée au député UMP Guy Geoffroy sur l'intégration des IUFM aux universités. Ses conclusions, qu'elle remettra le 30 octobre, devront s'intégrer dans la RGPP. Le député :
- évaluera les partenariats inter-universités réalisés dans le cadre de l'intégration des IUFM,
- examinera les conditions dans lesquelles l'intégration s'est déroulée,
- étudiera les conséquences de celle-ci sur les contenus de formation et sur le cahier des charges.

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