Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)



Programmes du primaire : pas de changement sur le fond
01/06/2008
Xavier Darcos a rendu public le 29 avril son projet amendé de programme du primaire. S'il a tenu compte des différents avis qui lui ont été donnés et de la synthèse des consultations, il ne recule pas sur le fond. De fait, la contestation de la plupart des syndicats d'enseignants et les mouvements pédagogiques perdure.
Projet de programme de l'école primaire : texte élaboré après consultations et soumis à  l'avis du Conseil Supérieur de l'éducation, .29 avril 2008.

Horaires de l'école élémentaire, 29 avril 2008.

Synthèse nationale de la consultation sur le projet de programmes de l'école primaire, avril 2008.

Synthèses par circonscription, avril 2008.

Dossier de presse du ministère de l'Education nationale, avril 2208.

Avis du Haut Conseil de l'Education sur le projet de programmes de l'école primaire, mai 2008.

La réforme de l'école primaire est-elle nécessaire ?, Olivier Pascal-Moussellard, TELERAMA, n° 3043, 7 mai 2008, pp. 44-46.

Malaise dans le primaire, le Monde de l'éducation, n° 369, mai 2008, pp. 12-21.

Les concessions du ministre

Les programmes restent centrés sur les fondamentaux (lire, écrire, compter) et insistent toujours sur la notion d'entrainement systématique. Ils se veulent "lisibles par tous" et plus courts.
Prenant acte des 1 100 synthèses remontant de la consultation dans les académies, de l'avis de la commission des Affaires culturelles du Sénat et de l'Académie des sciences, Xavier Darcos a introduit les modifications suivantes :
- retour à  3 heures de sport hebdomadaire et non plus 4,
- horaires stricts pour le français (10 heures en CP et CE1 ; 8h du CE2 au CM2) et les mathématiques (5 heures du CP au CM2),
- horaire annuel pour les autres matières,
- maintien de l'approche expérimentale de la Main à  la pâte pour l'enseignement des sciences,
- apprentissage des "temps compliqués" et de certaines notions de grammaire repoussé au collège ou à  une classe de primaire de niveau supérieur,
- nouvelle répartition des apprentissages en mathématiques,
- levée de l'ambiguïté quant à  l'apprentissage de la lecture en grande section de maternelle,
- référence explicite au socle commun et à  l'organisation de la scolarité en cycles.

Des réactions positives quoique nuancées

Dans un sondage effectué pour le ministère de l'Education nationale, les parents d'élèves semblent bien réagir à  la réforme : 81% sont d'accord pour le recentrage des apprentissages sur les "savoirs essentiels" et 83 % sont favorables à  l'introduction de l'enseignement d'instruction civique et morale. 62 % apprécient la réaffectation des 2 heures du samedi matin au soutien scolaire.
Philippe Richert, sénateur UMP, rapporteur de la commission des Affaires culturelles se félicite des modifications apportées qui lèvent, selon lui, "l'essentiel des réserves formulées par la commission des Affaires culturelles". Il cite notamment les dispositions concernant la 4ème heure de sport et la clarification de "la place de la grande section de maternelle".
Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l'IUFM de Créteil estime que le nouveau texte "marque une nette inflexion et des modifications substantielles par rapport aux projets primitifs." Resterait pour lui à  préciser l'articulation école maternelle - école primaire et à  travailler la coordination école primaire - collège. En outre, il craint que l'absence d'explications sur les évaluations nationales-bilan de CE1 et CM2 ne conduisent les professeurs à  infléchir leur pratique professionnelle vers les seules notions évaluées. Sur ce sujet, certains redoutent d'ailleurs une mise en concurrence des écoles.

Le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les programmes (GRIP) est satisfait du nouveau texte qui revient, d'après son vice-président, Pascal Dupré, sur le concept de l'enfant "au centre" pour privilégier les contenus à  enseigner.
Le Haut conseil de l'Education (HCE) a remis le 19 mai un avis favorable au projet, mais en établissant un certain nombre de préconisations parmi lesquelles :
- faire du redoublement une exception,
- clarifier plus précisément la position de la grande section de maternelle,
- revoir la nomenclature des classes afin quelle se rapproche de l'organisation en cycles.

La persistance d'un noyau dur d'opposants

Les 19 organisations qui avaient demandé au ministre de revoir son texte exigent de nouveau le report du projet dans un courrier adressé à  François Fillon. Elles y renouvellent leurs critiques : "inadaptation et alourdissement des contenus, affaiblissement de leur dimension culturelle, conception mécaniste des apprentissages".
Viviane Youx, présidente de l'AFEF (Association française des enseignants de français) regrette la disparition programmée, selon elle, de la transdisciplinarité qui permettait de "jongler sur les différents apprentissages" et de faire finalement davantage de français en étudiant d'autres disciplines que les 10 heures programmées aujourd'hui. Elle estime également qu'il restera peu d'heures pour les autres matières.
Philippe Joutard, président du groupe d'experts sur les programmes de 2002, se réjouit de l'évolution du texte mais pense qu'il reste à  rééquilibrer la place faite à  la "mémorisation" et à  la "compréhension". Il affirme que les élèves réussissent mal car ils ont des difficultés à  argumenter par manque de pratique, d'apprentissage du dialogue et de l'écoute.
Enfin, le Conseil supérieur de l'Education (CSE), organe consultatif, s'est réuni le 22 mai et a rejeté le texte par 35 voix contre, 9 pour, 3 abstentions et 1 refus de prendre part au vote.

Un livret intitulé "Mon enfant à  l'école" sera distribué aux familles. Il comprendra les programmes, les dispositifs d'accompagnement éducatif et les droits des parents.

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