Stéphanie Jean-Lambert (documentaliste Formiris)



Soutien scolaire : un marché en expansion
30/05/2005
Selon un rapport du HCEE rédigé par le sociologue Dominique Glasman, le soutien scolaire est un marché en plein essor. Il répond à  l'angoisse des familles confrontées à  une école qui fonctionne de plus en plus comme un marché et où toute erreur de parcours scolaire est difficilement réversible.

L'apparition d'un nouveau secteur économique

Les cours de soutien scolaire bénéficient d'une "expansion spectaculaire" depuis 10 ans, selon Dominique Glasman. Par exemple, Acadomia affiche une croissance annuelle moyenne de 40 % depuis 5 ans et Keepschool atteint les 300 % en 2003-2004.
Ce sont les possibilités de réduction d'impôts offertes par la création des chèques emploi service dans les années 1990 qui ont dopé ce créneau. Elles ont permis non seulement que ce marché souterrain apparaisse au grand jour en entraînant la déclaration des heures de cours, mais elles ont surtout favorisé l'émergence d'un secteur économique. En outre, réservé par le passé aux classes aisées, le soutien scolaire est devenu abordable pour les classes moyennes. Les familles exonérées d'impôts sont donc pénalisées alors qu'elles recourent elles aussi de plus en plus souvent à  ces pratiques.

Les diverses stratégies familiales

Cet essor répond aux angoisses des familles dans un contexte de compétition scolaire accrue où l'enjeu est d'accéder "aux filières et aux classes les plus rentables" en termes de débouchés. Certaines entreprises de soutien scolaire proposent même des cours d'éveil aux chiffres et aux lettres pour les élèves de maternelle ou encore des classes "préparatoires" au cours préparatoire durant les vacances scolaires.
Les choix des familles répondent à  des objectifs différents. Certaines visent l'excellence. Les cours particuliers sont alors associés à  une stratégie d'orientation et à  un choix d'option bien réfléchi. Ils sont dispensés dans les disciplines où l'élève obtient déjà  les meilleurs résultats. D'autres familles cherchent à  conforter les résultats de leurs enfants afin qu'ils obtiennent les filières de leur choix.

Un "contre modèle" de l'école

En phase avec la demande des familles, les entreprises de soutien scolaire mettent en avant leurs avantages qui répondent à  des besoins auxquels l'école ne fait pas face : réactivité, individualisation des cours, possibilité de choisir son enseignant, "garantie de résultat", acquisition de techniques d'apprentissage.
En outre, elles répondent parfois à  une demande sociale qui s'est accrue avec le développement du travail des femmes et des foyers monoparentaux. Ainsi, l'organisme Après la classe va chercher les enfants à  l'école et leur fait faire leurs devoirs à  domicile.
Pour Dominique Glasman, l'école manque de dispositifs de soutien. Selon lui, elle n'accorde pas suffisamment d'attention aux élèves, ne reconnaît pas le droit à  l'erreur et il est quasi impossible pour un élève de se faire ré-expliquer ce qu'il n'a pas compris.
Enfin, ces cours de soutien donnent des résultats même si ceux-ci ne sont pas spectaculaires. Une étude réalisée en Rhône-Alpes entre 1989 et 1992 montre une "petite amélioration" pour 36 % des élèves, une "nette amélioration" pour 22 % d'entre eux et une "forte amélioration" pour 6 %.

Devant ce constat, Dominique Glasman préconise de consacrer du temps dans l'emploi du temps à  l'acquisition de savoir-faire et de techniques d'apprentissage. Il propose de développer les études surveillées et de réaménager les salles de permanence afin que des personnels assurent ces enseignements.

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