Valérie Granger (documentaliste Formiris)



Violence à  l'école : l'isolement des enseignants
01/04/2008
Cible de plus en plus fréquente d'agressions, d'insultes et de menaces, les enseignants se sentent démunis face à  cette violence quotidienne. Ils ont souvent le sentiment de ne pas être assez soutenus par leur administration. L'arsenal juridique mis en place ces dernières années ne règle pas non plus tous les problèmes.

Les chiffres attestent un nombre important d'enseignants agressés

Dans les établissements difficiles, les incidents mettant en cause les enseignants se multiplient. En 2005-2006, 12 500 professeurs ont été victimes d'acte de violence. Cela représente une augmentation de 25 % par rapport à  2002-2003. Aucun autre chiffre n'est disponible depuis que les chefs d'établissement ne transmettent plus de statistiques au ministère de l'Education nationale. En effet, une exploitation de ces données par la presse avait abouti à  un palmarès des établissements les plus violents. Seule la FAS (Fédération des autonomes de solidarité laïques) qui s'intéresse aux risques professionnels des enseignants est en mesure de fournir quelques éléments. Ceux-ci restent partiels puisqu'ils ne concernent que les faits de violence qui ont été suivis de plaintes. Ils font état de 5 000 à  6 000 agressions entre septembre 2007 et janvier 2008.

Le manque d'attention aux enseignants victimes d'agressions

La plupart du temps, les professeurs qui ont subi des violences ont le sentiment de ne pas être assez soutenus par leur hiérarchie. Certains n'osent pas en parler, car ils craignent d'être accusés de ne pas savoir "tenir" leurs élèves. Après une agression, l'enseignant qui retourne en classe éprouve un fort isolement. Dans leur ouvrage, "Histoires vraies de la violence à  l'école", Claude Lelièvre et Francis Lec évoquent même un véritable "parcours du combattant". Quelques académies mettent en place ou suggèrent des structures d'accompagnement pour les victimes de violence. Par exemple, l'académie de Versailles propose qu'une personne supplémentaire soit présente dans la classe durant quelques heures. D'autre part, la plupart des IUFM n'intègre pas la gestion des conflits dans leur formation, même si quelques expérimentations sont menées. Ainsi, à  l'IUFM d'Aquitaine, les stagiaires sont mis en situation de violence à  l'aide de jeux de rôles.

Les dispositifs juridiques existants

Depuis l'opération "Education nationale-Justice", initiée le 8 octobre 1991 par Lionel Jospin, alors ministre de l'Education nationale, jusqu'aux policiers référents proposés dès 2002 par Nicolas Sarkozy, les ministères de la Justice, de l'Intérieur et de l'Education nationale travaillent ensemble. D'autres outils ont été édités, comme ce guide pratique "Réagir face aux violences en milieu scolaire" en ligne sur le site du ministère de l'Education nationale.
Cependant, le quotidien des enseignants ne s'améliore pas pour autant.
Eric Debarbieux, directeur de l'Observatoire international de la violence à  l'école, indique que la prévention est efficace quand elle est menée au niveau de l'établissement. Si le partenariat avec la Justice, la Police et les familles est important, il doit être doublé d'équipes éducatives stables. D'après les recherches, lorsque les enseignants débutants sont nommés à  des postes difficiles, ils s'en sortent mieux s'ils sont accueillis "dans des équipes bien régulées, avec un véritable accompagnement".

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