Stéphanie Jean-Lambert (documentaliste Formiris)



Violence scolaire : des positions divergentes
01/07/2006
De nouvelles agressions à  l'encontre d'enseignants ou de chefs d'établissement témoignent de l'aggravation des violences à  l'école. Partisans de l'autorité et tenants de l'éducation s'opposent, tant sur les causes de cette violence que sur les solutions à  y apporter.

Des actes en forte augmentation

Un rapport de la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG), publié en mai dernier, confirme la progression de la violence en milieu scolaire. Selon cette étude, 667 faits de violence avec armes ont été recensés en 2004-2005, soit +73,2 % par rapport à  l'année précédente. Cette situation est jugée "préoccupante" par les auteurs de ce document qui y voient l'indice "d'une porosité entre la rue et l'école". Ce sont les quartiers sensibles qui sont le plus touchés par ces agissements, imputables entre autres aux règlements de compte entre bandes. A noter que sur 87 actes commis avec armes à  feu, 52 ont eu lieu en Ile-de-France.
Les parents d'élèves, interrogés par la PEEP en avril 2006, se montrent aussi inquiets. 70 % d'entre eux estiment que cette violence scolaire "est l'une des difficultés du système éducatif".

Un discours répressif...

Du côté du gouvernement, la réponse est claire : plus de sanctions. Dominique de Villepin envisage de développer la présence des forces de l'ordre "aux abords des écoles". Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, souhaite renforcer l'autorité des enseignants et durcir les sanctions pénales à  l'égard des mineurs. Les conclusions des DCRG vont dans le même sens. Elles préconisent, par exemple, de développer la vidéosurveillance "aux abords voire dans les couloirs [des établissements]", d'installer des alarmes et d'accroître le nombre de surveillants. Dans l'opposition, Ségolène Royal propose de confier l'éducation des jeunes délinquants à  l'armée.

...ou le pari de l'éducation ?

Cependant d'autres voix s'élèvent. 71 % des parents interrogés par la PEEP sont opposés à  la présence "d'un policier dans chaque école". Ils préfèrent privilégier "les méthodes éducatives et d'encadrement". Pour Philippe Meirieu, professeur des universités, "la France a besoin d'un vrai projet éducatif", si elle veut lutter efficacement contre la délinquance et l'insécurité. Quant à  l'Observatoire international de la Violence à  l'Ecole, il estime que si la violence progresse dans les établissements, c'est que l'institution scolaire va mal : manque de communication, surcharge de travail chez les enseignants et les chefs d'établissement, décrochage scolaire... Les experts de cet organisme conseillent l'approche du Canada ou des pays nordiques qui disposent d'outils (ouvrages, logiciels) pour apprendre à  gérer les conflits ou à  prévenir leur apparition. Ils suggèrent aussi de revoir la formation en IUFM des enseignants qui ne sont pas préparés à  ces situations difficiles. A l'heure actuelle, seul l'IUFM de Bordeaux propose un "stage zones sensibles" aux futurs enseignants. A noter que la DEP souligne les résultats encourageants des classes et des ateliers relais, structures qui accueillent de nombreux collégiens en décrochage scolaire. Par un suivi individualisé et avec des effectifs réduits, ces dispositifs contribuent à  aider ces jeunes perturbateurs à  renouer avec le système scolaire et avec les adultes.

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