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Les protagonistes des programmes de 2002 en tête de la contestation
Luc Ferry, président du Conseil national des programmes en 2002, Jack Lang, ministre de l'Education nationale à la même date, et le recteur Philippe Joutard, président du groupe d'experts sur les programmes du primaire publiés en 2002, réagissent tous de façon très critique au projet de nouveaux programmes. Aucun ne croit au "retour aux fondamentaux" ou à une exigence accrue. Pour eux, les objectifs sont en deçà des programmes de 2002. Ils pointent par exemple les incohérences de programmation horaire : diminution du nombre d'heures d'enseignement (26 à 24), augmentation du temps consacré au sport et aux mathématiques, introduction d'une nouvelle discipline d'histoire de l'art. Contrairement à ce qui est affirmé, un volume horaire plus important pour le français est impossible. Jack Lang et Luc Ferry qualifient ce projet "d'opération politicienne", dangereuse pour le système éducatif. Ils estiment que l'on tente de le justifier en faisant passer les programmes de 2002 pour des textes jargonnant. Pour Philippe Joutard, il n'y a pas de véritable recentrage sur les fondamentaux. Ces programmes sont irréalisables dans le temps imparti. De plus, des compétences auparavant dévolues au collège ont été transférées au cycle 3.
Les syndicats et fédérations de parents d'élèves
Les réactions d'un certain nombre d'organisations syndicales se rejoignent. Le SNUIPP-FSU, la FCPE et 19 organisations* dénoncent un "alourdissement des contenus" et une "conception mécaniste des apprentissages". Ils s'interrogent sur la conception de l'éducation civique et regrettent la "disparition des cycles via une programmation annuelle des enseignements de la petite section au CM2". L'UNSEN-CGT stigmatise le retour à "l'école du certif." et trouve que les causes sociales et scolaires de l'échec des élèves n'ont pas été prises en compte. Seules, la CFTC-Education et la Société des agrégés se réjouissent du recentrage annoncé sur les fondamentaux. La Société des agrégés se félicite également de la consécration de "l'autorité du savoir". Elle attend néanmoins des "actes concrets" comme la formation des enseignants, l'augmentation des heures consacrées aux fondamentaux et des programmes exigeants.
Des programmes de maternelle incomplets et discriminant
L'Association générale des enseignants des écoles maternelles publiques (AGEEM) considère que ce projet occulte les notions "d'accueil et de maturation psychologique et affective". Elle se demande aussi ce que devient la scolarisation des enfants de 2 à 3 ans. Mireille Brigaudiot, maître de conférences en sciences du langage et spécialiste de la maternelle, voit dans ces textes un recul pédagogique par rapport à ceux de 2002 et même de 1976. Il est en effet admis aujourd'hui que l'écrit est une continuité du langage. Or, dans le nouveau texte, les notions d'appropriation du langage et de découverte de l'écrit sont séparées. Elle juge que les nouveaux programmes conviendront mieux aux enfants des milieux favorisés qui ont déjà eu accès à l'écrit.
L'école maternelle en voie de suppression ?
Parallèlement, un inspecteur de l'Education nationale (qui écrit sous le pseudonyme de Julien Dazay) publie un livre au titre volontairement provocateur : "Il faut fermer les écoles maternelles". L'auteur met en avant le coût de l'école maternelle où des professeurs, diplômés à bac+5, enseignent 1 à 3 heures par jour pour 6 heures de présence. Il souligne, en effet, que l'essentiel du temps est utilisé pour les repas, les séances d'habillage/déshabillage, la sieste, les récréations, les pauses toilette, etc. Il préconise donc que l'Etat se décharge sur des services périscolaires communaux qu'il subventionnerait. Seule la dernière année serait intégrée à l'école primaire. L'obligation scolaire commencerait donc à 5 ans avec le cycle 2 dans un même lieu. Quant aux enseignants des petites et moyennes sections, ils seraient redéployés dans les écoles élémentaires des zones les plus difficiles.
Les orientations de l'Enseignement catholique
L'Enseignement catholique réfléchit de son côté à une évolution de l'école primaire. Son secrétaire général, Eric de Labarre, a remis le 23 janvier dernier un texte d'orientation à Xavier Darcos. Il se félicite de l'importance accordée aux fondamentaux dans les projets du ministère. Il souligne la nécessité de : - conforter le lien entre enseignement et éducation et proposer un sens de l'homme et de la vie - considérer chaque élève dans sa personne et dans son devenir - donner à chaque âge selon ses besoins - accroître l'autonomie et le travail en équipe des enseignants - s'appuyer sur la polyvalence des enseignants en primaire L'Enseignement catholique considère que l'école doit multiplier la diversité des approches afin d'intégrer chaque élève dans sa diversité, sa forme d'intelligence, son désir d'apprendre.
*Organisations syndicales, Fédérations de parents d'élèves, associations liées à l'éducation, etc.
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