Isabelle Tinader (documentaliste Formiris)



Xavier Darcos reste ferme sur la réforme du primaire
01/05/2008
La consultation sur le projet de nouveaux programmes pour l'école primaire s'est achevée le 5 avril. La version définitive devrait être connue fin mai pour une application à  la rentrée 2008. Les syndicats restent opposés à  cette réforme et demandent sa suspension. L'Académie des sciences a fait part d'un certain nombre d'observations que le ministre devrait prendre en compte. La commission des Affaires culturelles du Sénat rend, quant à  elle, un avis favorable mais émet des réserves.

Le ministère s'estime conforté dans son projet

Selon Xavier Darcos, un "très grand consensus autour de ces programmes" semble se dégager de la consultation en ligne.
S'il prévoit quelques modifications, il ne changera donc rien sur le fonds a-t-il annoncé devant la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale : "L'école primaire, qui s'est beaucoup fondée sur la confiance dans l'enfant et le pédagogisme, a échoué. Notre motivation est le retour à  des mécanismes à  partir desquels l'enfant aura des automatismes."

Les syndicats enseignants maintiennent leur opposition

Ils critiquent une conception "mécaniste" et passéiste. Ils estiment que cette réforme, menée dans l'urgence et sans concertation, va à  l'encontre d'une nécessaire stabilité des enseignements. Ils regrettent notamment que les programmes actuels, encore récents, n'aient pas été évalués. Quant aux contenus proposés, contrairement aux ambitions affichées, ils les considèrent aussi lourds que les précédents, notamment en mathématiques. Ils se demandent également ce qu'il restera comme volume horaire pour les sciences, l'histoire-géographie, l'éducation artistique et l'instruction civique, alors que le français, les mathématiques et le sport occupent déjà  19 heures sur les 24 heures hebdomadaires.
Cependant, selon un inspecteur de l'Education nationale, sur le terrain, ce serait "loin d'être le rejet". Les professeurs y trouveraient des éléments de repères plus précis, quoique trop directifs. Ils seraient également déconcertés par la présentation d'objectifs précis pour chaque niveau alors que l'organisation par cycle est maintenue.

L'enseignement de la lecture en grande section contesté

Le projet est également accusé de "transformer la grande section de maternelle en petit CP" en introduisant un paragraphe intitulé "comprendre le principe alphabétique". Celui-ci stipule que l'élève doit être "capable de mettre en relation les sons et les lettres". Or, ce travail était réalisé durant le 1er trimestre du CP dans les programmes de 2002.
Les tenants du "pédagogisme" fustigés par Xavier Darcos critiquent cette disposition mais ils sont rejoints par d'autres experts comme Michel Fayol* et Jean-Emile Gombert** qui n'ont pas cette étiquette. En outre, Alain Bentolila, qui aurait pourtant inspiré les instructions concernant la grammaire, considère cette partie du texte comme une erreur.

La transformation de l'éducation civique en instruction civique et morale condamnée

Plus que le contenu, c'est le changement de vocabulaire qui heurte les enseignants. En effet, il s'agit toujours d'acquérir des règles de vie en société mais 2 prescriptions choquent les syndicats : l'apprentissage des règles d'acquisition de la nationalité française et l'obligation de se lever à  l'écoute de "La Marseillaise". En outre, la méthode proposée, mémorisation de maximes commentées par l'enseignant, est jugée dépassée. L'Enseignement catholique n'est pas non plus convaincu par cette proposition. Claude Berruer, adjoint au secrétaire général de l'Enseignement catholique, estime que "la morale ne s'apprend pas en mémorisant une maxime mais en amenant les élèves à  habiter des comportements".

Les recommandations de l'Académie des sciences

Sollicitée après la parution des nouveaux programmes, l'Académie des sciences a rendu un avis le 8 avril. Elle y préconise un enseignement des sciences tout au long de la scolarité selon l'esprit de la main à  la pâte et au minimum de 2 heures hebdomadaires en cycle 3. En mathématiques, elle insiste pour que l'acquisition des mécanismes soit "toujours associée à  une intelligence de leur signification pour l'enfant, à  leur lien avec le concret". Elle souhaite que soit conservé le lien entre les sciences, le français et les mathématiques. Elle insiste enfin pour une véritable formation continuée des enseignants.

Avis favorable de la Commission des Affaires culturelles du Sénat

Philippe Richert, rapporteur de la commission des Affaires culturelles du Sénat, se réjouit du retour aux fondamentaux et de la simplification de la rédaction des programmes. La commission émet néanmoins 4 recommandations :
- publier des documents d'accompagnement,
- faire plus de place aux matières autres que le français et les mathématiques,
- détailler les programmes de sciences,
- clarifier l'articulation maternelle - primaire.
En outre, elle estime qu'il faut "se garder des excès qui conduisent à  rejeter en bloc les politiques antérieures" et recommande de ne pas trop s'éloigner des textes de 2002.

Dans une interview accordée au "Nouvel observateur", Nathalie Mons***, compare notre système éducatif avec ceux des autres pays de l'OCDE. Elle constate que la France ne se donne pas les moyens d'évaluer ses réformes avant de passer à  une autre et préconise d'étudier les politiques éducatives des autres pays de l'OCDE pour s'en inspirer. Ainsi elle rapporte que dans tous ces pays, apprentissage systématique et méthodes fondées sur "l'imprégnation" sont mixés pour l'apprentissage de la lecture.


* Professeur à  l'Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand.
** Professeur de psychologie du développement à  Rennes-II.
*** Maître de conférence en sciences de l'éducation à  l'université de Grenoble-I.

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